13.11.2009

Changement d'adresse blog

Bonjour, bonsoir à vous qui suivez ce blog,

Je voulais vous informer qu'après deux ans de bons et loyaux services, je vais a priori cesser d'alimenter ce blog sur Hautetfort. A l'origine, ne sachant pas quelle plateforme choisir, j'avais débuté mon blog ici et sur Canalblog. J'ai ensuite continué sur les deux, en copiant collant mes textes mais aujourd'hui c'est un peu fastidieux alors je vous invite à continuer à me lire, si le coeur vous en dit là-bas.

http://standby2.canalblog.com/

 

A bientôt et bonne soirée à vous,

 

06.11.2009

"Bonjour Mademoi... Madame..."

J'étudiais minutieusement une poudre matifiante minérale face à une rangée chatoyante de cosmétiques, lorsqu'une vendeuse au fond de teint barbecue lourdement appliqué, surgit dans mon dos en carillonnant d'un joyeux "Bonjour mademoi...", jusqu'à ce qu'arrivée à hauteur de mon épaule et alors que je détournais mon visage vers elle, apeurée par sa subite apparition dans mon monde tranquille "de pigments sans conservateur, ni parfums, ni corps gras", elle déclenche le drame de ma journée.

Elle s'arrête net, comme un véhicule pile devant un panneau de déviation et se mordant les lèvres elle rectifie abruptement son début de "Mademoiselle", qui allait presque me la rendre sympathique malgré tout, par un (très pesant et très violent) "Madame". MADAME.

Autant dire que je n'ai absolument pas souvenir de la suite de son boniment, tant résonnait en moi le mot du crime. Et surtout cette reprise qui ne laissait absolument aucun doute sur le clair distingo qui s'est opéré dans son esprit à ma vue.
Je suis sortie assez précipitamment de l'enseigne sans, bien entendu, rien acheter de ce que je convoitais (les services marketing devraient absolument former leur personnel à ce genre de petit détail fort nuisible à la concrétisation de "l'acte d'achat).

Le plus troublant dans ce (tragique) incident, c'est son retournement de jugement. De dos avant de voir mon visage, j'avais dû sembler suffisamment jeune pour être encore gratifiée d'un "Mademoiselle" mais dés que j'ai eu le malheur de poser mes yeux sur elle, c'en était fini, je rejoignais définitivement le camp des "Madames". Autrement dit des "vieilles peaux".
Appelation d'autant plus mordante que n'ayant ni mari ni enfants et moins d'expérience amoureuse qu'une gamine de 14 ans, je ne me sens bien évidemment absolument rien de commun avec une "Madame" (titre de civilité heureusement désormais aboli dans le monde professionnel où l'on se nomme directement par ses nom et prénom, voire par ses initiales, ce à quoi je me refuse catégoriquement). Je ne peux pas être une "Madame", je ne suis qu'une enfant moi...

Dans la rue, je me suis longuement observée dans le miroir, traquant dans mon reflet, les signes de l'âge, afin de comprendre, saisir ce qui avait tellement changé en si peu de temps pour être ainsi chassée des rivages bénis de la jeunesse. Je n'ai rien vu de particulièrement marquant, pas de rides, pas de cheveux gris qui pointent. Je n'avais même pas l'air spécialement fatiguée. Et toujours la rondeur de mes joues que je croyais me conserver un air juvénile. Ne puis-je désormais plus être confondue avec une étudiante comme on me le demandait encore il y a peu ? Mais la fréquence récente des "Madames" (assenés la plupart du temps sans hésitation aucune) me signale qu'il y a indéniablement "quelque chose" qui a dû se faner. Des stigmates que mon oeil trop familier (et peut être trop indulgent) de mes traits ne peut sans doute pas déceler ni percevoir l'évolution réelle.

J'ai continué ainsi mon chemin, ruminant et maugréant, tentant de surmonter ce petit traumatisme de la vie ordinaire, de le rabaisser au rang de détail anodin sans importance qui ne va pas me gâcher la soirée (et auquel il va bien falloir que je m'habitude car hélas cela n'ira pas en s'arrangeant...), jusqu'à ce qu'une voiture sortant d'un porche m'arrête dans ma trajectoire. Je (m'im)patiente, cherchant à contourner l'intrus métallique, quand l'un des passagers s'en éjecte enfin et me lance "Désolée Mademoiselle, on vous libère la place !" Oui j'avais bien entendu, le mot chéri avait jailli spontanément, me réacceptant comme par magie dans les précieux rangs que je me refuse de quitter. "Oh mais ce n'est rien, je vous en prie", répondis-je avec mon plus gracieux sourire. Ma soirée était sauvée.

02.11.2009

Se souvenir des belles choses

Les anciens amoureux se plaignent souvent voire renient leur relation lorsqu'elle a touché le fond, la fin.
Ils ou elles parlent « d'échec », de « ça n'a pas marché », de « perte de temps », de « gâchis ».
L'Autre devient le(a) pire, un immense défaut à lui (elle) tout(e) seul(e).
Pourtant ils ont aimé et été aimés en retour, ils ont connu, vécu ce petit miracle.
Mais pour eux ça ne vaut plus rien, l'extraordinaire rabaissé au banal, à une faute de parcours qu'ils s'empressent de raturer et d'oublier.
Moi, je n'ai jamais eu leur chance, celle de vivre, aussi courte soit-elle, une histoire d'amour. Pas même d'en commencer une. Je stagne, je m'enlise, je dépéris dans cette zone indéfinie, ces limbes où jamais rien ne s'incarne ni se matérialise. Mes « histoires » finissent toujours avant de commencer. Les fils que je lance ne se fixent, ne se tissent jamais. Ils gisent dans le vide, s'effilochent pour finir en lambeaux et... sanglots.
Mais malgré cela, je m'accroche comme une (con)damnée au souvenir de quelques moments, instants, aussi fugaces ont-ils été, aussi cruels se sont-ils achevés.
Nous avons tous ces lumières enfouies en nous ; des lumières éteintes dont il suffit de presser l'interrupteur pour les rallumer. Pour certain(e)s, c'est alors une féérie, une illumination de Noël et pour d'autres, comme moi, il n'y a que deux ou trois ampoules... basse consommation, un ou deux bouts de bougie... Mais même cela c'est une richesse, un trésor que je cultive farouchement.
Je ne parviens à me lever, à continuer d'avancer que pour ces petites lueurs qui m'ont prouvé que le bonheur existait, que j'étais capable de le ressentir, de le vivre, que je pouvais être heureuse, et combien c'était merveilleux. Aussi mièvre et pathétique que cela puisse paraître.
Je me souviendrais toujours de son air concentré en écoutant un titre de musique, voulant à tout prix le reconnaître et rageant de ne pas y parvenir tandis que je le taquinais.
Moi debout, pieds nus sur le canapé une main sur la chaîne hifi et lui me serrant les poignets en tirant la langue et riant. Son drôle de sourire qui découvrait le rose de ses gencives, son dos un peu voûté qui me faisaient fondre le cœur, le ventre et la peau toute entière.  Et puis me montrant ses clarks, sa nouvelle veste, l'album de bande dessinée qu'il m'avait offert en arrivant et sur lequel il avait gribouillé un petit personnage de son cru rêvant de devenir scénariste, son ticket de concert pour un chanteur que je ne connaissais bien évidemment pas, ma frustration de ne pas pouvoir partager ça avec lui mais ma fierté qu'il m'en parle, qu'il m'explique. Ma fierté de me sentir un peu importante pour Lui le temps de cette soirée. Lui qui symbolisait tous ces garçons regardés et convoités de loin dans les cours de récréation, dans ces cercles dont j'étais irrémédiablement exclue. Me sentir un être-humain digne de sa discussion, de son monde qu'il acceptait de m'entrouvrir, et non comme une simple proie sexuelle, un vagin interchangeable.
Sa voix un peu nasillarde entrecoupée de sa respiration hachée parce qu'il avait le souffle et le cœur fragiles. Son physique d'enfant malade. J'aimais tant voir si facilement l'enfant qu'il avait été en regardant son visage pâle et ses grands yeux vert d'eau derrière les cercles métallisés de ses petites lunettes de myope.
Quand il m'a dit qu'il pourrait rester des heures dans la salle de bain d'une fille à regarder ses flacons et ses pots de crème. Son air émerveillé...
Quand il m'a parlé de ces filles qui l'ignoraient sur les plages bretonnes, ses tentatives pour attirer leur attention, que je l'imaginais malingre, blafard et désespéré sur sa serviette éponge, écoutant furieusement ses pop rock songs sur son walkman.
Quand je lui ai parlé de ces collégiennes qui me terrassaient de leur féminité éclatante et qu'il m'a dit que désormais je pouvais prendre ma revanche, sa façon de me dire qu'il me trouvait peut-être jolie. Nos adolescences, nos fêlures en écho.
Quand à la fin du dîner en forme de pique nique sur le tapis, j'avais osé remonter ses manches pour regarder ses bras, mon étonnement qu'ils soient si virils malgré leur finesse, je lui avais dit et il avait ri, il me laissait l'observer et le regarder comme une poupée que l'on déshabille avec curiosité et candeur. Alors c'est comme ça sous son pull, son tee-shirt... Et puis ma main posée sur sa poitrine, ma frayeur de sentir si distinctement ses os, sa cage thoracique si maigre. Je voulais qu'il reprenne encore du riz indien, du poisson, des pistaches, une part de tarte meringuée... Je voulais le nourrir, avoir la satisfaction maternelle de son estomac tapissé d'aliments, ses membres remplis et non plus décharnés.
Et puis lorsqu'il s'est levé en signe de départ, cette chose qui avait gonflé en moi comme une montgolfière, comme une fleur pleinement épanouie.
Je me sentais si proche, dans une unité si parfaite avec lui. Je pouvais laisser enfin le naturel prendre le contrôle de la situation, plus d'efforts à fournir ; de peur, réticences ou dégout à vaincre. Cette sensation unique, inédite, extraordinaire, ce que j'ai de plus précieux. J'ai aimé et désiré sans incertitude. Je me suis sentie femme pour la première fois de ma vie.

Ces gestes qui sont apparus comme par enchantement, la corolle de mes bras autour de son cou, la chaleur de son corps subitement contre le mien et ses mains entourant instinctivement ma taille, et ma peau tressaillant et ma tête s'enfouissant dans son cou, l'odeur mate et mélangée dans ce creux secret, les chuchotements, bruissements et pression des lèvres.
La façon qu'ont les humains de s'unir. Cela me semblait tellement irréel cette position maintes fois regardée, enviée, fantasmée...
Et son front si grand et si près, ses yeux liquides, ses cheveux si légers et doux, tout son visage m'appartenant, entre mes mains caressant, adulant chaque contour, chaque relief, l'autorisation de tout toucher, de me gorger du moindre millimètre carré de cet être chéri entièrement dévolu.
Et puis les messes basses sous ma couette, ses lunettes, sa montre posées sur ma table de chevet, lui me disant que ce n'était pas facile de dormir dans une chambre étrangère ; nos souvenirs des nuits où nous allions dormir chez un(e) petit(e) camarade, ces invitations magiques et dépaysantes.
S'habituer à un autre plafond, d'autres commode et armoire, peluches et jouets, une autre fenêtre, une autre porte, à des formes environnantes inconnues. Et puis le summum du bonheur : le jeu de la soucoupe phosphorescente, l'attente de l'obscurité pour la voir briller dans le noir.
Et comme en hommage à l'enfance, nous nous sommes amusés ensuite à décrire les arabesques du balcon en fer forgé imprimées en ombres chinoises sur le rideau. Et comme moi il a aimé cette drôle de calligraphie, il a compris sa poésie. La plénitude enivrante d'être vraie, intégralement moi-même.
Et dans ma tête en fête, tandis que je me blottissais contre lui, je ne cessais de lui déclamer les déclarations les plus enflammées, luttant pour ne pas les prononcer à voix haute sachant qu'il ne partageait pas mes sentiments.
Non, il ne s'est rien passé cette nuit là. Nous n'avons pas couché mais dormis ensemble. Pour moi, tellement plus intense.

C'était il y a 7 ans déjà... Un cycle... Une petite éternité... Un symbole. Et je croyais, j'espérais revivre avec ce providentiel chat de Chester qui lui ressemble tant, cette magie, ce temps suspendu. Mais alors que j'attendais fébrilement sa venue, après tant de préparatifs et d'énervement devant le miroir, je recevais ce message laconique, quelques minutes avant l'heure convenue. L'empêchement de dernière minute et les excuses plates. La partie remise. Enième partie remise. Et le cœur qui s'effrite lentement sous le soutien gorge à balconnets et la robe qui ne séduira personne, les questions qui se bousculent, la vue qui se brouille, le naufrage lacrymal sur le carpaccio et les assortiments asiatiques. Le corps qui part se recroqueviller, se terrer sous les édredons et les duvets. Le noir. Le noir complet. Pas de nouvelle ampoule à allumer pour les longues nuits d'hiver...