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24.01.2008

Une si douce pitié...

Je me fais pitié. Vraiment. Une douce et ronde pitié. Une compassion attendrie et maternelle pour cette pauvre âme piétinée, lacérée, qui n'en finit pas de chuter du haut des falaises des faux espoirs.
Je voudrais la prendre dans mes bras, la cajoler comme un petit enfant, être sa consolatrice.
Poser des cataplasmes, de l'arnica, rincer l'eau sale, soulever les chapes de plomb, réchauffer son sang glacé.
Je voudrais trouver les fleurs et les mots pour qu'elle se relève. Encore. Sans boiter, sans béquille, cette chère éclopée trop fragile.
Je voudrais recoudre les lambeaux de son étoffe déjà trop rapiécée.
Je voudrais lui offrir une belle convalescence, des illusions toutes neuves et bien brillantes, lui faire croire que ce qui ne tue pas renforce même si ce n'est pas vrai. Non ce n'est pas vrai. On n'encaisse rien, on s'abîme, on s'épuise, chaque fois un peu plus, à chaque nouvel uppercut.
Je voudrais pour elle, la Beauté, sa lumière et sa chaleur. Je voudrais l'Altitude, sa pureté et sa sérénité.
Je voudrais ne plus croupir dans les marécages de l'hostilité et des déceptions, parmi ceux qui ne parlent pas ma langue et faussent mon diapason.
Cette âme fait naufrage dans des verres d'eau. Peut-être.
Il n'empêche, elle n'est pas faite pour vivre ici. Elle n'est pas faite pour vivre.

(il va être temps de parler de Lui et d'eux...)

20.01.2008

Dimanche : masturbation et inauguration

Aujourd'hui dimanche, je me suis masturbée (en fin de matinée). Cela faisait longtemps que je n'en avais pas eu envie. Je reparlerai de tout cela.
En fait tout est parti d'une "séance photos". J'ai eu envie de tester mon nouvel appareil photo numérique (cadeau de noël) en "m'immortalisant". Je prends régulièrement des photos de moi pour voir mon évolution et essayer de me regarder avec un "oeil extérieur" puisque je n'ai personne pour me dire comment je suis, je veux dire vraiment. A part le miroir. Mais les photos c'est plus révélateur, on voit des choses qui nous échappent. Il y a un côté plus clinique. J'aime bien m'observer changer et voir comment je suis faite.

Cela faisait longtemps que j'avais envie de le faire : me photographier nue. Me voir comme ça ensuite, détachée de mon corps sur écran ou sur papier, comme si je contemplais quelqu'un d'autre.
Je me sentais plutôt bien ce matin, en sortant de mon bain. Je me suis donc prise de profil, de trois-quart, de face et à quatre pattes. J'aime bien mes jambes fines et mes fesses rondes. Ma peau aussi me plait, elle est pâle mais délicate, j'aime le léger halo qu'elle dégage.
En revanche j'ai toujours du mal à accepter, ce qu'un garçon avait appelé gentiment une fois, mes "seins légers". C'est dommage, j'aurais tellement aimé avoir des seins pleins, c'est tellement sensuel.

Je me regardais sous tous les angles, me demandant si un homme pourrait être excité par moi ?
Si "mes fesses, il les aime mes fesses"... Pourquoi a-t-on tellement besoin d'être regardée et admirée, de recevoir cette « approbation corporelle » ?
C'est tellement frustrant de ne pas savoir l'effet que l'on produirait sur un homme, nue. Habillée je connais mais nue c'est différent.
Enfin, étrangement le fait d'être nue, de me regarder, de me contorsionner pour prendre des poses a fini par m'aguicher (je m'auto-aguiche ??). Cela devenait très érotique. Je me sentais toute vibrante, palpitante, j'aurais vraiment eu envie qu'à ce moment là, exactement, un homme entre et me prenne sans me demander mon avis. Enfin non, j'aurais aimé qu'il me complimente d'abord et qu'il s'extasie un peu sur moi.
Et ensuite qu'il pose ses mains chaudes sur mes hanches et qu'il m'attire à lui, en remontant tout du long, en me parlant tout bas. Mais avec une certaine force, parce qu'il faut quand même me maîtriser.
J'ai donc arrêté les photos pour me masturber en bonne et due forme.
Je suis très contente, j'ai réussi à me faire jouir assez profondément avec la langue de feu qui part du ventre et qui irradie ensuite tout l'intérieur en tremblant. J'adore...
Après cela, j'ai un peu repris confiance en moi et je me suis dis que c'était vraiment dommage de ne pas pratiquer tout cela. Je pense que je "baiserais" bien si j'avais quelqu'un qui me convenait pour le faire.
Après tout le plaisir sexuel est la seule satisfaction que le corps puisse nous donner..., avec toutes les corvées qu'il nous impose c'est la moindre des choses !
J'ai un truc très charnel en moi, je l'ai toujours senti (depuis enfant) mais montrer cela à quelqu'un, montrer cette "bête de sexe" qui hiberne en moi, je ne sais pas..., je me sentirais si vulnérable ensuite... et si honteuse...

Bon ensuite, il a fallu que je me prépare pour cette inauguration très solennelle avec un discours très sérieux, faire des sourires à des moustaches et des étoles en yack du XVIe arrondissement, beaucoup moins excitant...

(ce billet est écrit "à chaud" donc ne m'en voulez pas s'il est un peu grossier ou abrupte mais il faut que je me souvienne de certaines sensations).

17.01.2008

La vie fluide (intermède)

La vie n'est pas douce. La vie n'est pas fluide.
Je m'écorche sur ses sentiers escarpés. Je me délabre gentiment au fil des accrocs.
Je ne sais pas (plus) faire autrement. Je ne sais pas la voir autrement puisque c'est bien une question de perspective, de "vue de l'esprit" tout cela.

C'est mon esprit qui pétrit des images effrayantes ou merveilleuses à partir de cette matière brute de l'anodin et du quotidien.
Rien "n'est". La réalité, la souffrance, le bonheur, l'angoisse ou le plaisir n'existent pas, en tant qu'entités délimitées, définies, elles ne sont que perceptions. Je sais tout cela.

Mais pourtant cela n'empêche pas mon esprit de gratter les plaies, de souffler sur les braises des déceptions, de déchaîner les tempêtes des idées fixes.

La solitude. Les autres. Toutes les options sont intenables. Je cherche une nouvelle esquive mais les issues se dérobent. Les horizons sont rigides.
Tout m'assaille, tout m'accable. Les spectres se dressent derrière tous les visages. Tous les visages sont mes bourreaux, mes ennemis.

Dans le reflet de la baie vitrée, il y a cette fille, cette femme de 30 ans en tailleur de laine et cachemire à chevrons gris chiné qui serre des comptes-rendus de comités de direction dans sa main droite. Elle semble parfaitement calme et sûre d'elle-même, presque hautaine. Il y a juste ce tremblement imperceptible des doigts et son oeil où "germe l'ouragan".
Il y a juste ces remous et ces hauts le coeur qui descendent jusque dans son ventre aride.

Ne t'inquiète pas Papa, je recevrai quand même à la fin du mois ma fiche de salaire à 2 chiffres.
Tout va bien. Donc.

07.01.2008

Ceci est mon corps

Je veux « m’offrir » (« me débarrasser de » ?). Je veux être la femme de. Je veux appartenir à quelqu’un. A un homme. Je n’en peux plus de tout ce fatras, de tout ce fardeau, là, de chair, de moi, de bras, de jambes, de ventre, de lèvres, de gouffres, de terminaisons nerveuses, nébuleuses, sentencieuses, filandreuses, silicieuses. 

Je n’en peux plus, je n’en veux plus. A vendre. Promo. Tout doit disparaître. A louer. Don caritatif. A ramasser par les encombrants. A recycler. 

Je n’arrive plus.

Je voudrais pouvoir avoir envie de dire (et le penser) à un homme : « Prends-moi ». Ceci est mon corps. Jeter toute cette glaise contre lui pour qu’il lui sculpte une forme, une raison d’être.

La nuit c’est horrible. L'heure où les réminiscences et les anxio toxines tressent leurs ronces les plus épineuses autour des chairs tendres. J’ai mal aux membres fantôme. Ils auront ma peau. Qu’ils la prennent, qu’ils la rongent.
 Ils me réveillent dans leur néant douloureux. Ils hurlent à la mort entre les draps. S'irritent contre le vertige du vide.

Je les comprime, je les fais taire par l’oreiller et l’édredon plaqués contre. Je ne sais plus où les ranger, ça déborde, ça grouille, grince, gémit, soubresauts. Je me débats contre leur sur-présence. Les bedtime stories ne font plus d'effet.

Laissez-moi dormir, laissez-moi m’évanouir, me dissoudre encore. Un peu... Pitié... Ne me harcelez pas la nuit aussi. 

Ces derniers temps, je dors mal donc.

06.01.2008

Mon corps au bois dormant : Une si longue enfance… (3)

Les regards des adolescents fébriles clignotaient à la vue de ces corps partiellement dénudés et soulignés. Leur émerveillement lubrique s’interrompait brutalement lorsque leurs yeux heurtaient malencontreusement ma carcasse squelettique, comme un bug dans un logiciel, une poussière gênante que l’on chasse avec agacement, avant de replonger vers d’autres visions plus réjouissantes.

Je ne souffrais pas réellement de ce désintérêt masculin dont je n’aurais su que faire en l’absence de toute fièvre hormonale. Mais je réalisais que ses formes et courbes étaient le laissez-passer, le passeport pour être sinon admirée au moins admise et respectée. Sans elles, j’étais une aliène, une handicapée, une paria. Persona non grata. J'étais désespérément inférieure (une vraie humiliation pour mon orgueil qui étrangement  n'a jamais vraiment abdiqué) même à la plus laide et la plus bête de toutes.

Dans ce climat érotico-sportif, où chaque exercice était prétexte à tâter ou visualiser un fragment de sein, de culotte ou de fesses, j’avais donc droit au mieux à une méprisante (mais reposante) indifférence et au pire aux sarcasmes graveleux à base de métaphores aussi subtiles que « planche à pain, à repasser », « moustique » et autres joyeusetés...

C'était aussi en fin d'année, à la saison moite des boums, que mes tee-shirts faisaient profil bas (et surtout plat) alors que j'entendais les jeunes danseurs s'émouvoir de "sentir" pendant les étreintes lentes, les bustes vallonnés de mes paires. Evidemment, inviter à danser "un mur" n'était pas des plus attirants... Je me suis ainsi vite exclue de toutes ces salles et pénombres langoureuses, prétendant ne pas être intéressée par ces futilités..., errant dans les cours et les couloirs fantôme des mois flirtant de juin.

Vers l’âge de 14-15 ans, ravagée par mon instinct de mimétisme ce sont les frustrations « textiles » qui ont commencé à me tarauder. Les robes et les corsages à la mode s’émoussaient en de tristes vagues creuses sur moi tandis que les jeans 501 censés galbés ne formaient que des plis disgracieux le long de mes « jambes-cannes », sans parler des bodys (ces justaucorps qui étaient alors très en vogue) qui ne moulaient que mes cotes…

J’étais rageusement limitée aux chemisiers col claudine, gilet et jupe-culotte taille 12-14 ans au rayon junior quand les autres filles parlaient depuis longtemps en « 36-38 ». Dans mes rêves charnus, j’enviais leurs « kilos-en-trop » pour me préoccuper moi-aussi de régimes ou me lamenter sur mes "cuisses trop grosses", le comble de la féminité selon moi !

Et puis un été, subitement, alors que j’avais perdu tout espoir, mon corps a brusquement décidé de quitter l’enfance, sans préavis ni mise en demeure. C’était au lycée, juste avant mon entrée en première, quelques mois avant mes 16 ans. On dit que tout vient à point à qui sait attendre, pourtant, malgré cette périlleuse et prolongée période de gestation, je n’étais absolument préparée à ce qui allait m’arriver : cet obscur, machiavélique et explosif pouvoir de séduction féminin…

(voir précédent: Une si longue enfance 2) 

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