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24.02.2008

Lois de la nature

Une femme veut parler (pour éventuellement toucher ensuite).
Un homme veut toucher (pour éventuellement parler ensuite).
Une femme se donne ou se refuse.
Un homme prend et jette.
Une femme pleure.
Un homme passe à une autre.
Etrange. J'ai appris mais je ne comprends toujours pas. Je reste toujours pétrifiée dans cette stupéfaction incrédule. Il y a des lois de la nature auxquelles je ne m'adapte pas.

Même les hommes "intelligents", du moins intellectuellement ou culturellement supérieurs (en supposant qu'une "moyenne" intellectuelle ou culturelle existe, rien n'est moins sûr) ne recherchent pas l'intelligence chez une femme. L'intelligence féminine n'est pas désirable pour un homme. Pas plus que l'humour, l'esprit, son sens de la conversation ou de la répartie. Une femme qui réfléchit n'est pas excitante. Le sex symbole ne peut être qu'une ravissante idiote. A de rares exceptions près. Ce n'est pas décevant, honteux ou révoltant. C'est biologique. Chimique. Cruel. Implacable. Il y a des lois de la nature qui me broient.

L'artiste génial préfèrera la belle et docile muse qui prend la pose à celle qui disserte sur les subtilités de son œuvre. Un PDG, un polytechnicien, un neurochirurgien succombera au sourire, à la douceur, à la gentillesse d'une jolie secrétaire, assistante, caissière, guichetière... Et va même la chercher en Europe de l'Est s'il ne la trouve pas sur place. Peu lui importe qu'elle prenne le CAC 40 pour une nouvelle marque de barre chocolatée ou que sa seule lecture soit le Télé 7 jours. Peu lui importe que ses réflexions les plus profondes concernent le menu du soir ou sa liste de courses au supermarché.

Peu lui importe de ne pouvoir jamais avoir de vraie discussion avec elle, il sait qu'elle sera toujours là pour lui préparer de bons petits plats, le cajoler, le complimenter, porter des dessous affriolants et lui prodiguer des petites gâteries quand il en aura envie.

Peu lui importe, il sait qu'elle sera d'accord, qu'elle ne sera pas "prise de tête". Que tout sera simple avec elle. Et c'est le plus important. C'est le plus important pour qu'un homme reste et ne se change pas en sable.

17.02.2008

Sables mouvants

Course contre le sable :  Je vais lui écrire. Un mail. Non, je vais l'appeler. Ce sera plus fort, moins "planquée du virtuel".
Non. Ça le dérangera, il sera peut-être en plein milieu d'une conversation sur les mérites comparés des vacances en juillet versus août ou il portera juste un Mojito à ses lèvres en reluquant la serveuse. Il n'aura pas le temps de me parler. Ce sera gênant. Je vais plutôt lui écrire. Ce sera plus simple, plus sûr, moins intrusif. Oui, un e-mail c'est ça. C'est mieux. Je ne pourrais pas user (innocemment) des inflexions enjôleuses de ma voix mais ça devrait tout de même retarder l'érosion. Ce sera une preuve de mon intérêt pour lui. Mon "intérêt"... Je n'arrive pas comme d'habitude, à réellement en déterminer sa nature précise : amitié, attirance, amitié amoureuse ou juste angoisse de la solitude (de la trentaine, du cœur vide...) ?
Variable aléatoire, équation à une inconnue...
Mais j'ai besoin. Besoin d'avoir un visage, un prénom auquel me raccrocher. Alors ce sera lui. Pour cette fois.
En attendant la prochaine vague.

Comment me rapprocher, quelle est la distance limite, celle entre le sable et mon corps ?
Comment lui dire sans dire ? Dire à sa libido déjà brandie vers moi, que je ne sais pas, que j'attends... le déclic... Qu'il faut encore qu'il attise, qu'il amadoue ce chat capricieux, l'appâter, pour qu'il vienne courir sur le toit brûlant.

Je sais bien que je suis déjà sur la ligne rouge, celle d'après les 3 rendez-vous, celle où il serait légitime que je donne "plus" mais voilà, à chaque fois ce n'est pas venu. Le corps trépignait, implorait mais là-haut on m'a laissée tomber. Pas de ces ondes qui chatoient dans le ventre, de ces frémissements qui créent l'attraction des corps. Non, rien, juste une gêne, une frustration de ne pas éprouver ce qu'il faudrait et de devoir encore fermer la porte sur un visage déconfit.

Il me faut un prétexte. L'expo Sacha Guitry, lui demander son avis sur le dernier Klapisch, le nom de ce groupe qu'il voulait voir en concert... ? Rétablir la liaison, la connexion avant l'interruption définitive des programmes.

Mais pourquoi chercher un prétexte après tout ? Je vais lui dire franchement qu'il me manque, que tout est dépeuplé, que les tableurs excel et les projections powerpoint auront ma peau si je n'ai plus de prénom, même un leurre, à faire battre sous la soie de mon chemisier.
Oui c'est cela : "Je pense à toi, tu me manques." Me prendre pour Anouk Aimée, un télégramme, la plage à Deauville et la fusion des bras devant l'écume étincelante.
Oui mais il n'est pas Louis Trintignant (et je ne suis pas Anouk Aimée). Et mes mots, ces mots que je rêverai d'écrire, de prononcer, je ne les pense pas, je ne les ressens pas pour lui. Du moins, pas dans le sens où il les comprendra. Comme une déclaration.
Il faut que je reste détachée. Détachée mais proche. Proche mais pas étouffante. Fermer la porte mais entrouvrir une fenêtre.
"Ne m'abandonne pas. J'ai le désespoir de l'orpheline."
Je vais le flatter pour me faire pardonner mon manque d'ardeur, cette pulsion aux abonnés absents. Les hommes aiment les compliments. Bonne idée. Il sera plus indulgent. Plus patient...
Oui, mais il faut un compliment sans trop de sous-entendus, quelque chose de tendre mais pas trop tentant.
Quelque chose entre le feu rouge et le feu vert.

Il ne faut pas que je sois trop longue (combien de lignes déjà son dernier mail ?), ni trop courte (il doit sentir qu'il compte pour moi). La ponctuation, l'orthographe, je dois veiller à laisser quelques fautes de syntaxe, des coquilles, comme lorsqu'on tape vite, sans trop se relire.
C'est important d'avoir l'air spontanée, d'avoir écrit tout cela sur le vif, sans y réfléchir, sans trop m'y attarder, sans peser chaque mot, comme si je n'avais que ça dans ma vie, pas comme s'il était ma dernière chance. Il faut que j'ai l'air naturelle, occupée, pas d'une maniaque qui réfléchit et mûrit pendant des semaines sa réponse, qui mesure son temps de réponse et compte le nombre de ses mots... D'une enfant qui s'enlise dans ses sables mouvants...

10.02.2008

Les hommes-sable

En ce moment c'est Henri, avant c'était Antoine et puis encore avant..., je ne me souviens déjà plus...
Des prénoms, des visages, des silhouettes, des hommes troncs derrière les tables de restaurant, qui se succèdent, comblent illusoirement pour quelque temps le creux de mon cœur et gonflent d'hélium son caoutchouc tout flapi. Ce ne sont pas mes amis ni même des flirts et encore moins des amants ; ce sont les hommes-sables échoués sur mes rivages. Ils glissent entre mes doigts sans même que leur grain... de peau n'effleure le mien. Ce sont les princes de mes châteaux de sable qui jamais ne résistent aux premières marées. Les sables (é)mouvants qui ne peuvent me retenir.

Ce sont les hommes qui "pourraient être" mais ne sont jamais, les hommes du possible impossible.
Ce sont les marins qui font une escale avant de fuir cette île stérile qui n'a rien à leur offrir.
On ne se comprend pas. On se refuse l'un à l'autre tout ce que nous désirons.
On fait semblant au début, on espère beaucoup, on essaie d'avancer le plus longtemps masqué et puis c'est l'érosion. Le sable s'éparpille et déserte mes dunes, ne laissant derrière lui que le sédiment des déceptions qui change le cœur en galet.

J'attends éternellement la prochaine vague, je tamise encore et encore le cycle sans fin des prétendants qui restent au bas de l'escalier, au pied de l'immeuble, ceux qui ne franchissent jamais le seuil, ceux à qui je tends mes joues lorsqu'ils espèrent mes lèvres, ceux qui redoutent de n'être que des "simples amis", ceux qui veulent "plus" en me donnant "moins".

Ceux à qui je ne peux pas expliquer bien que mes lèvres brûlent de leur dire. Je cherche leur désir mais pas comme ça. Expliquer ce serait comme donner la réponse d'une devinette avant de la poser.
Je ne peux me donner qu'à celui qui trouvera la solution de l'énoncé.
Et le sablier continue de s'écouler...

01.02.2008

Dialogue avec les arbres

cbf55e241d7c4b28741fbe55c49f48dd.jpgAprès quelques années (cela suffit en général) de vie parisienne, on se découvre, avec étonnement, un amour quasi passionné pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à une représentation de "Nature".
Même si l'on cultivait, comme moi, une longue allergie au "charme de la campagne" en particulier pendant son adolescence où l'on rêve de tout sauf de silence et de paisibles paysages...
Une exposition urbaine intense au bitume, crottes de chien, dioxyde de carbone à haute concentration et horizons barrés de tours verticales ou même de façades classées, a vite fait de vous redonner le goût des joies simples (devenant des extases) à la vue d'un simple parterre d'herbe verdoyante ou même simplement en humant par chance (et hasard) quelques molécules d'air pur et frais, entre deux flots de voitures.

Paris est une ville faite pour les jeunes célibataires qui viennent y chercher leur 1e emploi, gravir les échelons le plus vite possible avant de trouver enfin l'élu(e) et convoler avec leur premier marmot loin de "cette vie de dingue". Passé 30 ans, on a généralement épuisé ses réserves de résistance au gris, aux heures de pointe, à l'entassement et aux pots d'échappement.

Les corps climatisés fuient l'asphalte le week-end à la recherche de cette Nature perdue, en s'éparpillant dans les parcs, jardins ou même squares qui tentent de nous faire oublier les vrombissements et fumées de gazoil alentours. On erre dans leurs allées bien ratissées, rêvant d'herbes folles où s'étendre. Mais on trouve au mieux un gazon bien tondu entouré de grilles et de panneaux "interdit de marcher sur la pelouse" ou d'une herbe rase agonisante jonchée de mégots...

Alors on s'assied sur les bancs publics (où l'on ne bécote même pas) durs et froids, à distance raisonnable de cette précieuse Nature domestiquée. Désespérant d'émotions chlorophylles. Et c'est finalement en levant les yeux que l'on comble ses maigres attentes de citadin(e) frustré(e).

En contemplant la dentelle noire des branches de platanes et d'érables qui se découpent sur l'étoffe bleu pur d'un ciel de janvier. Ces rameaux tendus les uns vers les autres comme des mains qui cherchent à se rejoindre et qui composent des tableaux aériens dans lesquels les yeux se perdent, tournoient et s'oublient. Des conversations muettes, des dialogues raffinés, ciselés que l'on est invité à écouter en silence, en essayant de saisir leur mystère, leur magie. Etrangement on comprend tout de ce langage des arbres. Pour une fois tout est simple. Simplement Beau. Et là, on se sent bien, on quitte le sol. Pour quelques instants...

(photos Jardin des plantes, Paris, 27/01/08)

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