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13.04.2008
Tous mes amants…
Lorsque la fatigue et les épreuves finissent par me vaincre, l'esprit tellement courbaturé, à bout de forces, anesthésié, j'ai l'impression que je pourrais enfin m'abandonner. A n'importe qui. Surtout à n'importe qui. Dans un engourdissement où toute ma vigilance et ma raison critique s'effondreraient enfin.
N'importe quel homme un peu gentil, un peu doux avec moi.
Un homme qui ne me verrait pas comme un membre du comité de direction, comme une carriériste ou une CSP+, un homme qui ne saurait rien de ma froide intransigeance et de mon compte en banque.
Un homme pour qui je serai juste une faible et fragile femme, un peu perdue.
Une femme facile et consentante. On dirait que....
Ca pourrait être cet artisan qui vole à mon secours, toujours souriant, avec la solution à ma détresse domestique de clé perdue, de lavabo qui déborde, de tuyaux qui pleurent..., dans sa mallette à outils
Ca pourrait être mon dermato qui effleure ma peau et me fait tressaillir quand il glisse ses mains tellement doucement sur mes épaules pour m'examiner.
Ca pourrait être le technicien du service informatique qui me sauve des terribles bugs et virus, qui rétablit l'ordre et la paix numériques.
Ca pourrait être ce garçon de café à mes petits soins, qui accourt pour satisfaire le moindre de mes désirs de carrés de sucre, carafe d'eau et part de tarte au citron meringué...
Ca pourrait être ce chauffeur de taxi qui me berce de sa voix traînante tandis que je sombre sur sa banquette et que les flammes des réverbères tournoient sur mes pupilles, ça pourrait être ce lecteur de Télérama dans la file d'attente au Grand Palais qui me laisse passer devant lui parce qu'on ne sait plus qui est arrivé en premier et qu' "il n'y a pas de mal".
Ca pourrait être ce collègue si poli et prévenant qui me tient toujours la porte, ça pourrait être cet étudiant aux cheveux en bataille qui passe sa langue sur ses lèvres avant de tirer sur sa roulée.
Je fermerais alors les yeux et me laisserais choir contre leur chemise bien repassée, contre leur tee-shirt Che Guevara, contre leur odeur de savon de Marseille, d'eau de toilette ambrée, contre leur joue rugueuse à la fin de la journée, contre leur blouse blanche, leur pardessus, le cuir usé de leur blouson, leur veste de survet' 100% coton. Je pourrais coller mon ventre chaud contre la boucle dure de leur ceinture, je pourrais les laisser respirer le parfum de germe de blé de mes cheveux.
Je me faufilerais dans leur poche, ils m'emmèneraient dans une chambre d'hôtel miteuse ou une suite princière, dans leur appartement sur leur canapé en skaï, dans leur cuisine en formica, sur leur parquet flottant couleur chêne, sur leur futon, sous leurs draps blancs avec un liseré bleu, sous leur couette qui sentirait un peu la sueur et les biscuits au chocolat.
Je me laisserais déshabiller comme une enfant docile, je pourrais tomber sous leurs corps comme un oisillon couvé par sa mère. Ils appliqueraient leurs mains le long de mes hanches et leur souffle dans ma gorge, j'attendrais l'humidité et la moiteur. J'irais enfin trop loin parce que c'est bien là qu'il faut aller un jour.
Je m'enduirais de leur humus. Je pourrais m'enfouir dans leur charpente, me diluer dans leur matière, je pourrais devenir leur ombre. Ce serait une belle mort.
17:00 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

Commentaires
Pourquoi suivre ? Pourquoi ne pas inviter ?
Décider ou être convaincue ?
Obéir ou diriger ?
Tout n'est que question de choix... Faut-il encore en poser.
Ecrit par : marsiho | 28.04.2008
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