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20.04.2008
Le désir dans la rue
Parfois mon corps seul, qui marche, croise des fusions de corps enlacés, de bustes blottis l'un contre l'autre, des visages, des fronts, des bouches qui s'enfouissent, des regards de noyés, les mains partout. Sur les quais du métro, les trottoirs, les parvis, sous les porches, sur les bancs publics, au coin des rues, sous un réverbère, assis sur les marches. C'est le désir dans la rue, le désir qui pousse sur l'asphalte. Ce sont mes fleurs du mal. Les passages cloutés de mon cœur.
Je passe à côté d'eux sans qu'ils ne me voient, je ne suis qu'une ombre chinoise, une silhouette, une figurante, un fantôme du béton. Les corps qui s'aiment sont seuls au monde. Cela dure quelques secondes, à peine. Quelques secondes insignifiantes, dans l'espace public normal. A l'extérieur rien n'a changé, les feux rouges continuent de passer au vert, les pots d'échappement de polluer, les passants de passer, les vitrines à briller. A l'intérieur, A l'intérieur, c'est le grand chambardement, la cohue de la chamade. Je continuerai d'avancer avec mon masque impassible derrière lequel le bateau chavire.
Je ferme alors les yeux et j'essaie de voler un peu de leur chaleur, la poussière de leur désir accrochée à mon manteau. Je plisse de toutes mes forces les paupières pour m'enliser le temps de quelques foulées ou de marches à gravir, dans l'engloutissement sensuel. Je décalque sur mes épaules et dans mon ventre grelottants la fièvre de leurs étreintes.
Je m'immerge dans cette torpeur de reconstitution que j'ai attrapée au passage. Des papillons dont je m'empare sans demander la permission, des petites allumettes avec lesquelles j'essaie d'allumer le feu. Je n'existe plus et c'est merveilleux, je ne suis plus qu'un papier buvard, une éponge qui se gorge du désir des autres.
Je pétris dans l'espace des hommes invisibles qui me caresseraient les cheveux et me tiendraient la main. On ne m'a jamais tenue la main dans la rue. Je suis toujours très impressionnée de croiser des corps qui se tiennent la main. Ce signe qui vous dit, je l'ai choisi(e), il m'a choisi(e), je l'aime, il m'aime. Aux yeux de tous. Je prends ta main. Nous nous appartenons. Deux paumes qui s'épousent, deux corps qui se lient. Petit chaînon de chair, trait d'union glorieux. Chercher et prendre la main de l'autre, s'y mouler, s'inscrire dans ses empreintes génétiques et avancer ensemble...
17:15 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note

Commentaires
Attention tenir la main n'est pas un signe d'amour, mais d'appartenance! J'en ai tenu des mains à des hommes qui ne m'aimaient pas
Ecrit par : zygaena | 20.04.2008
je rajoute que je ne les aimais pas forcement non plus :)
Ecrit par : zygaena | 21.04.2008
oui je fantasme sur cette idée d'"appartenance" ayant des penchants très possessifs (je sais, je sais c'est pas bien...).
une question ne manque pas de me brûler les lèvres : pourquoi leur tenir la main s'il n'y avait pas d'amour... ?
standby l'incorrigible romantique/idéaliste :-)
merci de tes petits messages et de partager ton expérience !
Ecrit par : standby | 21.04.2008
Une envie d'amour, l'envie d'y croire, tu sais être amoureuse de l'amour. Mais si je ne ressens rien rien de rien à part un désir charnel, je ne peux pas faire semblant. Par exemple si c'est une histoire que je considère comme une aventure, je ne peux pas faire semblant et avoir des gestes tendres dans la rue.
Ecrit par : zygaena | 21.04.2008
merci de ta réponse, c'est vrai qu'il me serait difficile de faire semblant bien que je sois aussi une "amoureuse de l'amour" comme tu le dis si bien (satanée malédiction ! ;-)
bonne soirée à toi,
Ecrit par : standby | 22.04.2008
I - Main d.a.n.s. la main.
II - Une chanson pour l.e. dire.
III - S.a.n.s. parole.
IV - De telle sorte que chacun peut y mettre les s.i.e.n.n.e.s.
V - [ou p.a.s.]
VI - http://www.youtube.com/watch?v=YLlYQQrHmh8
Ecrit par : Une é.t.e.r.n.e.l.l.e. jeunesse | 30.04.2008
merci c'est très joli et très bien adapté !
Ecrit par : standby | 30.04.2008
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