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28.04.2008

Miroir, miroir... (1)

Suis-je belle ? Je ne sais pas.

Je sais quel est le taux de transformation et le scoring de rétention.
Je sais modéliser les workflows. Je sais les indicateurs de performance.
Je sais identifier les enjeux, les menaces et les opportunités. Je sais valoriser les actifs.
Je sais combien de K€ je vaux sur le marché.
Je sais lire Sénèque dans le texte. Je sais les sonates et les nocturnes.

Je sais que je mesure 7 centimètres de plus que la moyenne nationale des françaises, que je pèse 62 kilos parfois 64 quand la solitude est trop revêche et que les carrés de chocolat ont fondu sur mon ventre en un petit coussin que je rentre pour enfiler mes jupes, que j’ai la peau blanche parfois pourpre, parfois striée de larmes, que mes jambes sont longilignes, que mes seins ont la taille d’une adolescente pré-pubère, que mon front est petit, que mes yeux changent de couleur à la lumière.

Mais je ne sais rien, rien de ce que les hommes voient de moi. Je ne sais pas si mon sourire est lumineux, si ma moue est mutine, si j’ai des ouragans ou des rivières dans les yeux. Je ne sais pas si l’on voudrait bien étendre la main vers moi et me caresser.  

Je ne sais pas si je suis désirable ou émouvante. Charmante ou attirante. Mignonne ou mystérieuse. Sensuelle ou romantique. Je ne sais pas si ma robe me va bien, si ma peau est douce, si mon parfum est envoûtant, si on me préfère les cheveux attachés ou flottant sur les épaules.

Je ne le sais pas et j’espère toujours qu’on me donnera un indice, un signe, une preuve renouvelée. Partout à chaque rencontre avec l’inconnu, je veux qu’on me montre encore « ça ».
"Ca" qui ne se dit pas en mots même si les poètes ont tenté de l'écrire sur tous les tons sans jamais pourtant complètement égaler ce qui se lit simplement dans les yeux.

Suis-je belle ? C’est la seule question à laquelle je ne pourrai jamais répondre seule et la seule qui continue à me tarauder, me tisonner, malgré tout. On ne peut pas exiger l’autonomie dans ce domaine. Nous sommes condamnées à la dépendance. Je ne peux pas benchmarker mon potentiel d’attraction corporelle, chiffrer ma valeur marchande physique. Je ne peux pas me voir comme les hommes me voient.

On ne peut jamais savoir quand bien même on possèderait le visage le plus fin et le plus délicat, la chevelure la plus soyeuse, la taille la plus gracieuse. Quand bien même on possèderait le visage le plus grossier et le plus ingrat, la chevelure la plus hirsute, la taille la plus lourde.

Si personne ne vous dit ou ne manifeste son trouble ou son dégoût, on reste dans l’ignorance la plus totale (et peut-être la plus sereine ?). La plus jolie des souillons reste souillon sans le regard du prince.

Aucun « Miroir, miroir… » ne peut répondre à cette question tragique.
Car justement la beauté ou la laideur et tout ce qu’il peut y avoir entre les deux, n’est pas affaire de reflet narcissique, mais uniquement de reflet extérieur. Du regard de l’Autre. C’est l’Autre qui peut dire, c’est lui qui détient cette vérité. Cette vérité en forme de mensonge. Cette vérité cruelle et éphémère, jamais acquise, toujours remise en jeu, toujours décevante au final.

Commentaires

je sais que tu es jeune

Ecrit par : lol | 28.04.2008

Je me suis longtemps posée cette question, et je ne vais pas te rassurer, mais seule toi peut trouver la réponse. Il faut te regarder dans le miroir et te le répeter. Methode Coué. Si je te dis ça c'est parce que depuis que je suis devenue femme, j'ai changé physiquement, vraiment. On me dit devenu une belle femme, et bien peu importe combien de fois on me le dit, je me sens toujours cette fille grosse, moche et inintéressane que je pense avoir été. Les hommes qui passent...comme dit la chanson, me trouve belle parce qu'ils me désirent, et je me sens belle parce qu'ils me désirent et quand le désir s'en va, il reste quoi ? mes doutes.

Ecrit par : zygaena | 29.04.2008

Bonjour,

Je suis journaliste pour l'émission "Toute une histoire" de Jean-Luc Delarue et je prépare un thème sur la virginité tardive.
J'aurais aimé pouvoir, dans un premier temps, en discuter avec vous et avoir vos impressions.

Je vous laisse mes coordonnées.

Magali
01 53 84 33 75
mgoursat@reservoir-prod.fr

Très cordialement.

Ecrit par : Magali | 29.04.2008

Bonne idée, comme çà Standby tu pourras toujours demander à Jean-Luc comment il te trouve ;-)

Ecrit par : Michaël | 29.04.2008

Lol, puérile tu veux dire peut-être ?

Zygaena, oui je crois que cette « angoisse » du « suis-je belle ? » est assez universelle chez toutes les femmes, quelque soit leur situation ou leur âge.
En fait à travers ce 1e texte, que je vais compléter très bientôt, j’ai voulu parler de ce rapport très particulier que les femmes entretiennent à leur physique, à leur « image ».
L’aliénation que cela peut entraîner, etc. Je ne peux pas dire que je sois complexée par mon physique actuellement mais j’ai tjs été frappée (et choquée) de l’importance qu’accordent les hommes à l’apparence physique (induisant l’angoisse féminine). J’en reparle donc…
C’est un sujet qui me tient à cœur !

Oui Michaël moque-toi, moque-toi, que veux-tu je suis un « cas de société », il faut que je me fasse une raison… ;- )
Plus sérieusement je trouve ça bien que l’on parle de ce sujet, si ça peut permettre de faire évoluer les mentalités (j’ai hâte de voir l’émission d’ailleurs ! mais on ne risque pas de m’y voir par contre…)

Ecrit par : standby | 29.04.2008

Visiblement çà fait partie de leur fond de commerce, il y a déjà eu une émission sur notre cas le 19 mars :
http://forums.france2.fr/france2/toute-une-histoire/vielles-filles-garcons-sujet_4096_1.htm

Ecrit par : Michaël | 29.04.2008

ah effectivement ! déprimant d'ailleurs les messages laissés...

Ecrit par : standby | 30.04.2008

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