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06.05.2008
Should I call or should I stay... ?
J'ai extrêmement envie de l'appeler. Enfin, je ne sais pas s'il s'agit vraiment d'une extrême envie ou juste d'une extrême solitude en quête d'un palliatif facile et rapide.
Il n'y a pas eu d'adieu ni d'au-revoir, ni de cris ni de larmes, ni même d'altercation.
Juste le silence. Le pire.
D. n'a pas répondu. D. n'a plus répondu. D. n'a pas insisté. Les hommes n'insistent plus dans la société interchangeable.
Il s'est évaporé, comme les autres, en grains de sable. Il m'a effacé de sa mémoire vive aussi promptement que l'on supprime un fichier gaspillant inutilement l'espace.
D. a rejoint ce monde invisible où disparaissent les hommes qui deviennent un jour silencieux, après une poignée de rendez-vous.
Pourtant D. est un peu différent des autres. Il a failli me plaire. Un soir alors qu'il me raccompagnait, il y a eu ce fourmillement presque inédit, cette fébrilité fabuleuse, ce laissez-passer que mon esprit accordait enfin à mon corps. Il n'avait plus aucune objection. D. me plaisait. Entièrement, intégralement, sans restriction.
Et là, j'ai pris peur : la voie était libre. Tout était parfait. Trop parfait...
Je me suis esquivée ce soir-là, en emportant mon trouble chaud et palpitant au creux de mes bras.
Folle de joie, folle d'espoir. Mais quand j'ai revu D., mon désir m'a fait faux bond. Comme un enfant capricieux se tapit sous son lit quand on l'appelle à table. Mon désir a refusé de passer à table et encore moins à la casserole...
Pourtant je ne peux m'empêcher de m'accrocher à cette possibilité de désir. Je l'ai "vu" comme disent les miraculés. Je l'ai senti, si proche. J'ai un besoin viscéral de croire à ce mirage là.
J'ai besoin d'une perspective, d'un horizon sans cela je vacille et sombre dans cet infini trop vide.
Je ne suis sans doute rien pour lui. Rien de plus qu'une fille potentiellement "baisable" avec qui il a essayé, et avec qui il n'a pas pu "conclure" assez vite. Une simple auto-stoppeuse sur sa route jalonnée de jupons tout aussi tentants et plus volages que le mien. Je ne lui en veux pas et je crois même que c'est quelque chose qui me plait (ce qui n'exclut pas la souffrance), cette indépendance, cette nonchalance qu'il a.
Qui est attiré par la facilité et l'accessibilité ?
Sa réaction est légitime, je l'admets. Une femme qui vous invite à plusieurs tête-à-tête, qui plus est le soir (le soir c'est comme faire une déclaration implicite), et vous témoigne d'un intérêt certain, tout en prétendant vouloir seulement vous connaître et ne pas même daigner vous offrir ses lèvres, ne peut être qu'au mieux une paumée qui ne sait pas ce qu'elle veut, une coincée ou au pire une salope.
Oui... Comment expliquer à un homme, sans le blesser dans son orgueil viril, qu'il ne vous plait pas encore tout à fait ou plutôt qu'il vous a plu, à un certain moment, mais que l'effet s'est évanoui (où ? vous ne savez pas hélas !) et qu'il ne vous reste que des incertitudes mais qu'il ne vous déplait pas tout de même ? Avouez que c'est très compliqué (je n'y comprends pas grand chose moi-même...).
Comment expliquer que vous avez besoin de l'apprendre encore, de l'apprivoiser pour abolir les distances, que vous attendez de nouveau cet élan, cette pulsion irrésistible... ?
Comment lui demander d'être patient, sans manifester sa frustration ni d'attente exacerbée, comment enfin lui faire accepter que tous ses efforts ne seront peut-être récompensés par "rien" sinon d'avoir passé quelques "bons moments" (mais ces "bons moments" n'auront-ils peut-être été pour lui que des corvées, une perte de temps, parce que franchement, boire un verre, dîner et pire bavarder avec une femme si ce n'est pas pour monter chez elle après, à quoi cela sert-il ?). Pourquoi les hommes n'aiment-ils donc pas nous parler ? Est-ce si pénible ?
D. n'est pas "beau". D a "quelque chose".
Quelque chose de plus fort que la simple beauté physique.
Mais pourtant, je l'avoue, avec culpabilité, c'est son visage qui m'a arrêtée.
Quelle déception d'être limitée par de simples détails "géométriques" tellement superficiels.
Je m'en suis voulue et puis j'ai voulu le dépasser et laisser le temps faire son œuvre.
Mais les délais étaient déjà écoulés et D. s'avilissait dans son impatience d'homme désirant.
Car c'est quand un homme reste désinvolte, qu'il ne s'y attend pas, que j'ai alors envie de m'en rapprocher le plus. Quand un homme me parle comme à un être-humain et non comme à une proie sexuelle que je le désire le plus.
Je sais, je sais, j'en demande trop. Car comment vouloir une chose et son contraire, le chaud et le froid ?
Comment exprimer ce qui ne se dit pas, cette myriade de petits signaux et perceptions que l'on s'envoie à notre insu et qui font osciller les aiguilles de nos désirs, sans aucune logique à tout cela.
Mais je crois que je peux, encore, demander tout cela à D.
J'ai l'impression qu'il peut revenir et comprendre.
Mais est-ce ma raison, mon intuition qui parle ou simplement ce manque absolu de quelqu'un qui me ronge, de quelqu'un à qui penser, à qui rêver, en qui avoir la foi... ?
Un pas en avant, 10 en arrière, je décroche et raccroche, connecte et déconnecte les bouteilles à la mer modernes. Je rejoue une énième fois cette éternelle ronde des parades amoureuses, où l'on voudrait sauver un peu de dignité, ne pas paraître trop accro ou désespérée. Où l'on voudrait se préserver d'un refus, de l'indifférence et de l'humiliation. Où l'on voudrait avoir l'air détachée alors que l'on s'enfonce dans les eaux noires.
Et puis dans mon cas, à tout cela s'ajoute, l'enfant capricieux qui ne sait pas ce qu'il veut et refuse de sortir de sa cachette le moment venu...
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