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12.05.2008

Esthéticienne (1)

Je ne m'épile pas beaucoup et pas souvent. Le minimum minimae.
Ce n'est pas une démarche militante ni féministe. Simplement mes poils ne me gênent pas. Les poils gênent la société, les hommes.
La société, les hommes ont décrété que les femmes devaient être glabres.
En plus d'être toujours jeunes, souriantes et minces. Les poils ce n'est pas joli, pas "hygiénique". Les poils ce n'est pas féminin. Le naturel ce n'est pas féminin.
(Rare) avantage de ma puberté tardive, j'ai pu échapper, jusqu'à presque 18 ans à ce rituel barbare.
Cela n'aura pas empêché les collégiens de me railler quand ils découvraient le fin duvet incolore à peine visible sur les mikados qui me servaient de jambes.
Etre une vraie femme c'est aussi s'épiler, quand bien même cela serait parfaitement inutile.
J'ai résisté jusqu'à ce que ma pilosité arrive à maturité. Là j'ai cédé : je suis faible, je n'aime pas déplaire.
Même en ayant la chance d'avoir une pilosité de blonde (que je ne suis pas), j'ai compris que ce n'était pas politiquement correct. Indécent même. Du moins lorsqu'ils sont exposés à la vue d'autrui. Ce qui signifie que durant les saisons froides, je ne me donne pas cette peine, bien camouflée sous les épaisseurs et les longueurs. Et puis, comme personne ne me voit nue dans l'intimité, il n'y a vraiment aucune raison valable de m'infliger cette mutilation.

C'est seulement lorsque le soleil fait retentir l'appel du court-vêtu, des plages et des piscines, que je m'y résous (à rebrousse-poils bien entendu). J'aime trop sentir le vent et la chaleur sur mes jambes nues pour me résigner aux dissimulations textiles, comme les femmes doivent sortir voilées dans les rues d'Orient.
Nous n'avons finalement pas tellement plus de liberté de nos corps de ce côté-ci du globe. La police religieuse s'appelle ici diktat de l'apparence. Invisible mais toute aussi répressive.

Alors je rends visite aux gardiennes de l'Ordre public corporel féminin. Je vais régulariser le désordre de la Nature, contenir et tailler mes débordements, façonner un corps acceptable et désirable pour les yeux des hommes.
J'ai donc réservé mon rendez-vous chez l'esthéticienne (non merci pas d'UV ni de modelage drainant juste une épilation maillot/demi-jambes, j'aime beaucoup cette expression hypocrite de "maillot" et ses différentes "formules" très imagées "ticket de métro", "brésilien" qui pourraient presque faire passer cette torture intime pour un loisir rigolo). Je reste dans le classique pour ma part. Juste ce qu'il faut pour passer du statut de "rebelle" à "belle" ou au moins présentable...

Suite à venir... ;-)

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