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15.05.2008

Esthéticienne (2)

Esthéticienne : spécialiste de « la mise en beauté » des femmes.
Spécialiste de la mise en conformité.
Esthéticienne… Drôle de métier. Métier de l’esthétique. Les critères esthétiques des femmes.
Les critères de valeur des femmes pour devenir ou rester la plus belle image possible.

Métier de femme pour les femmes qui veulent plaire aux hommes (certaines essaient quand même de se persuader que c'est "pour elles-mêmes"). Fées aux mains douces et maîtresses autoritaires qui dorlotent d’une main et rudoient de l’autre. Elles pétrissent, raffermissent, modèlent, extraient, arrachent, repulpent ou regonflent ; elles alimentent les illusoires espoirs des chairs qui ballottent, s’étalent ou se gondolent.
Ces trompeuses bienfaitrices qui entretiennent le mythe du « souffrir pour être belle ».
En vérité, rien ne mérite qu’il faille souffrir.

A l’heure dite, je me suis donc présentée dans ce « salon de beauté », avec la honte du cancre qui sait qu’il n’a pas fait ses leçons mais espère tout de même que cela ne se remarquera pas (trop). Je me suis approchée avec ma peau nuageuse, mes jambes ombrées, mon front et les ailes du nez un peu luisantes sous la chaleur. Je me suis approchée de leur visage matifié et caramélisé et de leurs ongles french-manucurés.

Au milieu des « miroirs, miroirs », j’ai offert mon corps à l’esthéticienne, dans l’alcôve tapissée de serviettes blanches et de confidences de femmes complexées.

Elle sent un parfum bon marché au mimosa, ses sourcils suivent un arc de cercle squelettique. Je crois qu’elle est plus jeune que moi. De dos, elle remue avec application sa spatule dans la mixture jaunâtre comme Panoramix son chaudron.

Allongée en petite culotte, pâle et tremblotante, j’attends qu’elle me déplume avec son sourire ferme et convaincu de justicière des vénus modernes. J’essaie d’imaginer sa vie penchée sur les mollets et les entrejambes duveteux, sur les chairs molles et fragiles où courent les ruisseaux bleutés, les deltas violacés, sur les capitons et les comédons, sur les tissus fripés, les haleines et les aisselles aigres.

J’essaie d’imaginer son paysage quotidien : des mètres et des mètres carrés de surfaces poileuses à désherber, à défricher sans relâche. Sans relâche repousser, refuser, lutter contre les lois de la nature. Les esthéticiennes, ces Sisyphes pubiens.

Soudain elle se retourne, armée de ses bandelettes, examinant et évaluant l'étendue "des dégâts".
J’ai déjà préparé la réponse à sa question muette, uniquement trahie par le haussement imperceptible de ses sourcils en accent circonflexe. Ma justification, mon mot d’excuse qui expliquera l’inexplicable : le poil de plus de 2 millimètres qui s’épanouit à son aise, bien au-delà des limites autorisées…

(suite à suivre, toujours... j'écris lentement ;-)

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