29.08.2009
Fille perdue, cheveux gras (2)
(suite du texte Fille perdue, cheveux gras)
« Maintenant, je suis là, je peux me voir moi-même,
Mais quand je suis sous le charme d’ignobles fantasmes de bonheur,
La sale magie de cet engin de sorcellerie,
je ne peux pas toucher mon moi essentiel. » (4.48 Psychose, Sarah Kane)
Pourtant, j'ai souvent songé à cet échappatoire. Ne plus avoir d'efforts à fournir pour sculpter, dompter la courbe trop tranchante de l'esprit, l'adoucir, l'arrondir pour qu'il cesse de me déchiqueter.
Avaler et laisser agir.
Mais ce n'est pas moi. Ce n'est pas ma façon de résoudre les problèmes. Simplement les emballer dans un joli paquet cadeau, simplement les masquer, les peindre dans une couleur vive et brillante, joli verni qui s'écaillera tôt ou tard... Dehors rien ne change, le monde sera toujours aussi hostile et cruel quand le maquillage aura coulé. Aucune pilule au monde ne peut pallier le manque d'amour, l'impossibilité de vivre en harmonie avec l'Autre. "Il n'y a pas une drogue sur terre qui puisse donner du sens à la vie"*...
Et puis je ne veux pas abandonner mon être le plus profond, mes pensées, mon intelligence à quelques molécules, à des centaines de milligrammes qui viendront décider de ce que je dois ou non ressentir, qui feront la loi dans ma tête.
Je ne veux pas me mentir aussi douloureuse et intenable soit la lucidité.
Je préfère en finir définitivement que vivre comme ça.
Ingérer les médicaments du corps ne me gêne absolument pas quand il s'agit de détruire des bactéries, enrayer l'allergie, faire taire la migraine. Mais ceux de l'esprit m'effraient. Je rejette l'idée.
"Éteindre l'esprit pour essayer de le remettre d'aplomb."*
Je ne les vois pas comme des antidotes bienfaisants, guérisseurs. Au lieu d'être une solution, il me semble au contraire aggraver la situation. Je pense engrenage, dépendance, effets secondaires, destruction de la couche d'ozone intérieure. Je pense perte de contrôle, de ce à quoi je tiens le plus, ma capacité de réflexion.
Je ne supporterai pas de ne plus être maître de mes pensées, de mes émotions. Ce que j'ai de plus précieux.
De me mettre à marmonner, à m'embrouiller, de ne plus ressembler à rien, abrutie, assommée par les doses soporifiques aussi anxiolytiques soient-elles. Et puis replonger, encore plus vertigineusement, dans les ténèbres dés que le décor en carton pâte sera retiré, que les lumières artificielles des projecteurs seront éteintes.
C'est sans doute aussi pour cette raison que je n'ai jamais touché à la cigarette, encore moins à un joint et que boire de l'alcool me gêne toujours. On s'étonne souvent, mi-riant mi-réprobateur, que je n'ai vraiment « aucun vice ». Mais c'est peut-être le pire des vices que de ne pas en avoir.
J'ai peur de ce qui pourrait arriver si mes facultés cérébrales se trouvaient amoindries, altérées, affaiblies, si ma vigilance se relâchait
J'ai peur de m'enivrer, de me trouver sous l'emprise de quoique ce soit ou de qui que ce soit, d'agir comme il ne faut pas, de perdre la raison... Etre livrée corps et âme, sans défense, sans protection.
Et en même temps j'en rêve, j'aimerais tant, moi-aussi, ne plus savoir où je suis, qui je suis, ce que je fais, avoir « la tête à l'envers ». Quitter la terre ferme, flotter, perdre pied, perdre le contrôle... Craquer. Enfin.
C'est ce qui me sauve, me "maintient" en parfait état de fonctionnement et c'est aussi le cœur de mon problème...
(texte à suivre...)
* Sarah Kane, 4.48 Psychose
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23.08.2009
Fille perdue, cheveux gras (1)
Elle tire de son sac une pochette en cuir zippée, surmontée d'une étiquette portant ses nom, prénom et un n° de matricule. A l'intérieur, sont alignés des boîtiers rectangulaires translucides. Un pour chaque jour de la semaine, subdivisé en trois petits compartiments, matin, midi et soir. Ils sont tous copieusement garnis de comprimés bleus, roses ou blancs, de toutes les tailles, parfois scindés en deux. En me les désignant du doigt à tour de rôle, elle m'explique avec application leur fonction respective : celui-là contre les bouffées d'angoisse, celui-ci empêche les délires paranoïaques, l'un calme les crises d'anxiété tandis que l'autre régule les sautes d'humeur...
Pour chacun, elle me cite leur nom carabiné. La liste est impressionnante. Daily fix. Junkie légalisée.
Elle m'apprend que c'est un « pilulier ». Naïvement j'ignorais totalement l'existence d'un tel objet, n'ayant jamais eu de véritable traitement médical à suivre jusqu'à présent.
Drôle de petit coffre aux trésors, de grimoire magique renfermant les précieux philtres magiques pour la sérénité, la paix intérieur et un peu de bien-être. Peut-être pas le bonheur, mais l'arrêt, au moins momentané, de la douleur, de l'angoisse saline qui submerge la nuit, le jour. Celle qui terrasse les êtres, celle qui rend fou.
Elle s'est faite interner, volontairement, chez les fous d'angoisse. Chez ceux qui n'arrivent plus à supporter la maladie de la vie, qui ne s'y adaptent pas.
Ici ils retombent en enfance, on les nourrit comme des bébés à heures fixes et précoces, on surveille leurs allers-venues, leurs sorties pour lesquelles il faut obtenir une autorisation, avant de les expédier se coucher comme les poules, non sans les avoir dûment gavés de cachets sécables.
On les décharge pour un temps du lourd fardeau de leur liberté, de leur libre-arbitre d'adulte. On leur dit de nouveau ce qu'il faut faire, heure par heure. Ils retrouvent le cadre, les limites qui empêchent de sombrer dans l'infini. On leur prend la main, on leur raconte des histoires.
Il faut à tout prix empêcher les synapses de transmettre les messages négatifs.
Il faut endormir la matière nerveuse, la tromper, la détourner de ses sinistres obsessions.
Il faut lui faire croire que tout va bien comme une mère enjolive la vérité pour rassurer son petit.
Il faut réussir à prendre le pas sur la réalité, gommer le monde alentours. Réussir à l'annihiler à coups d'inhibiteurs et de gentils neurotransmetteurs.
Recréer un monde parallèle, virtuel. Un monde tranquille et inoffensif. Un monde de sérotonine et d'endorphine. La trêve biochimique.
Et aussi incroyable que cela puisse paraître, cela fonctionne.
La chimie, la médecine parviennent à vaincre la puissante machine de l'esprit, à dévier le cours des pensées, les empêcher de semer la terreur. Elle enveloppe de soie ses flèches empoisonnées qui s'échouent mollement contre leur cible, sans la blesser. Plus de frissons d'effroi, d'effondrement, d'abyme glacial. Plus grand-chose d'ailleurs...
Aujourd'hui elle a choisi la fuite chimique. Elle n'a pas su, elle n'a pas pu combattre, seule, l'ennemi intérieur.
Elle a pris du poids, son visage autrefois si fin presque anguleux est aujourd'hui bouffi, ses jambes ressemblent à des saucissons et son ventre forme un monticule dodu sous son tee-shirt. Elle a toujours sa splendide chevelure auburn que je lui enviais tant, mais elle s'amoncelle en algues grasses autour de son visage. J'y aperçois aussi quelques fils argentés en bordure. Elle a pourtant, à peine, 30 ans.
Elle a « craqué » comme disent les gens sérieux. Je n'ai jamais craqué bien que j'ai objectivement bien plus de raisons qu'elle d'y succomber. Chez moi, l'angoisse ne suinte pas, elle se solidifie dans mes veines jusqu'à les pétrifier, elle bouche les artères et m'étouffe parfois. Mais quoiqu'il advienne, je ne craque pas. Quoiqu'il advienne, je me réveille chaque matin, avec un métabolisme cliniquement sain en parfait état de marche. Le monde a toujours ses couleurs aussi dégueulasses, ses contours nets et contondants. J'encaisse tout de front, sans aucune atténuation, aucune pause. Jamais de fuite éthylique, nicotinique ou narcotique.
Je me lève et j'accomplis ma tâche, je répète les mêmes gestes et déambulations de la vie normale dans le monde des vivants.
(lire la suite)
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20.08.2009
Le rêve du train
J'étais dans un train ou une sorte de métro avec des barres métalliques verticales pour se tenir mais organisées en compartiments. Je m'agrippais à l'une des ces barres, très fatiguée et souffrant du froid.
Dehors, un paysage hivernal couleur sépia défilait. Je pouvais à peine tenir debout et je m'affaissais lentement contre la tige froide, malgré mes efforts pour ne pas chuter. A mes côtés, à quelques centimètres seulement, se tenaient deux hommes dont un blond vêtu d'une sorte de pélerine noire (la scène devait se dérouler dans les années 30/40, j'étais également habillée d'un corsage cintrée couleur crème et d'une jupe noire crayon à l'ancienne). Je n'ai pas distingué les traits de son visage, ni lui le mien, car j'étais courbée sur moi-même, ma chevelure lourde formant un rideau de protection autour de moi.
Alors que j'étais sur le point de m'écrouler, mes dernières forces m'abandonnant, j'ai senti très nettement ses deux bras me rattraper à la dernière minute, et me soutenir à la fois fermement et délicatement.
J'avais les yeux clos, flottant dans le monde cotonneux d'un demi-sommeil, mais j'avais une conscience aigue de sa pression et de la chaleur qui m'entourait et me maintenait. Je m'y abandonnais complètement.
Lorsque le contrôleur est passé, j'ai entendu qu'il parlait pour moi et s'occupait de tout. Je me sentais pleinement rassurée et soulagée.
J'ai beaucoup aimé cette sensation de laisser-aller, sans savoir qui était celui qui me tenait, à quoi il ressemblait. Sa présence sans visage, sa force, les bribes de sa voix, de son odeur, des fragments de sa silhouette me suffisaient. La seule chose qui comptait était qu'il me soutenait et que je n'allais pas m'effondrer. J'éprouvais une totale confiance en lui.
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15.08.2009
L’amour est mort, vive le cynisme !
« Et Lucie subitement découvre que les mots tendres ne sont qu’un voile trompeur sur le corps bestial de la grossièreté. Et l’univers entier de l’amour s’éboule devant elle et glisse dans la vase du dégoût. » (La plaisanterie, Milan Kundera)
- A quand remonte ta dernière relation ?
- Heu… Y’a un moment déjà… (est-ce que le fait de « juste » tomber follement amoureuse compte dans la définition de « la relation » ?)
- 2 mois, 3 ?
- Heu… plus
- 6 mois ? ouille…
- Tu peux même compter en années…
- Quoi ?! Tu te fous de moi. C’est pas possible.
- J’ai bien peur que si…
- Tu veux dire que t’as rien fait depuis des années ?
- Rien fait. Oui voilà c’est exactement ça.
- C’est dingue.
- Oui probablement dingue j’imagine...
Ca prend du temps, en fait… de tomber amoureuse, de désirer quelqu’un. C’est un genre de petit miracle quand cela se produit. Les êtres ne me sont pas interchangeables. Ils sont uniques. Et rares. Je ne change pas d’objet de fascination, d’affection, d’amour, comme on change de paquet de lessive. J’ai bien conscience que de nos jours cette approche peut paraître iconoclaste voire parfaitement incongrue ou même surréaliste.
Oublier, zapper, passer à autre chose : voici ce qu’ils, elles répètent avec leurs airs blasés. « Si tu rencontres une fille qui te dit qu’elle part en vacances pendant deux semaines, tu passes à une autre, pourquoi attendre alors qu’une autre sera dispo immédiatement ? »
Ne pas s’attacher, ne pas tomber amoureux(se), surtout pas. Ne pas se prendre la tête. Telle est ma génération. Tels sont les hommes.
Mais moi je n’oublie pas. Je cultive même, les souvenirs, les images, les mots. Je m’attache. Follement. Je me prends et je perds la tête. Je m’accroche, même aux causes les plus désespérées. C’est certainement un grand défaut, mais je n’ai pas choisi d’être ainsi. Je subis. J’essaie de me modérer, de relativiser, de poser quelques airbags latéraux, d’encaisser les chocs sans trop me délabrer.
Mais je ne sais qu’être foudroyée ou lacérée.
C’est tout ou rien. Toujours ou jamais. Merveilleux ou tragique. Glacial ou brûlant.
Je suis le petit chaperon rouge qui cherche à s’attirer les faveurs du loup qui ne veut que la dévorer, derrière ses airs avenants. Je crois toujours que je pourrai changer le loup, l’apprivoiser, l’amadouer, le rendre plus tendre, plus doux, patient avec moi, mais tôt ou tard (en général très tôt d'ailleurs), je suis sa victime. Comme les autres.
Je n’ai pas leur cynisme pour affronter ce qu’ils appellent « un jeu » où l’on ne donne que pour mieux retirer, où l’on porte des masques, où les mots ne veulent rien dire, où tout n’est que feinte et esquive, simulacre et sables-mouvants.
Ils veulent la multitude et moi je n’en veux qu’un. Ils veulent s’amuser et moi je veux aimer. Ils veulent prendre et ne rien donner.
Pourquoi ne peut-on pas être juste « bien » ensemble ? Pourquoi quelque chose de simple devient infiniment compliqué… et si désespérément inaccessible.
L’amour ne signifie plus rien, l’amour est mort, ce n’est qu’un gadget pour filles trop naïves, pour adulescentes attardées, mièvres, rêveuse d’un autre âge, d’une autre époque bien révolue... L’amour est devenu tabou : il ne fait naître que sarcasmes et mépris sur leurs lèvres rieuses. Tout est à prendre chez eux, sauf leur cœur. Pourtant c’est lui que je veux…
18:53 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
08.08.2009
Virginité for sale…
« Je ressentis un vertige identique, à celui que connaît un amoureux quand il découvre qu'aucune chair masculine ne l'a précédé. » (La plaisanterie, Milan Kundera)
« Pour allumer un homme, y'a rien de tel que de lui faire croire que t'es une pucelle pas décapsulée. Pour le sang virginal, le mieux, c'est ça, elle dit en glissant un sachet de ketchup Burger King dans son soutif. Ils se prennent pour le Bon Dieu. » (Sarah, J.T Leroy)
« Ce qui me captive c’est la virginité de corps et de cœur. Je ne m’imagine pas tombant amoureux d’une fille qui aurait déjà été tripotée, malaxée, baisée par une dizaine de types. La désirer, oui, avoir du plaisir à coucher avec elle, certes, mais l’aimer véritablement, jamais. » (G.Matzneff, Cette camisole de flammes)
« Pourquoi perdre [sa virginité] avec n'importe quel gars à l'arrière d'une Toyota quand vous pouvez vous payer votre scolarité avec ? » Denis Hoff (gérant d'une maison close dans le Nevada).
J'ai toujours cru que la virginité était une tare susceptible de repousser les hommes.
Sans en faire un quelconque critère, j'avoue qu'elle me gênerait d'ailleurs chez un homme. Son passé amoureux a tendance à me rassurer, m'attirer en un sens, même s'il peut aussi être douloureux.
Je ne me doutais pas que les « oies blanches » inexpérimentées et malhabiles, voire coincées, pouvaient au contraire allécher les appétits concupiscents. Je me souviens avoir été surprise de l'intérêt prodigieux portée à la virginité de Britney Spears, au temps de ses jupettes à carreaux et de ses couettes, doublée d'une vive polémique autour de son authenticité. Pourquoi tant d'importance accordée à cette question ? Pourquoi tant de fébrilité et d'excitation autour de la virginité avérée ou non de cette lycéenne ? Je l'ai attribué, à l'époque, à l’apparence ouvertement sexy de la chanteuse. Mais avec le cas Susan Boyle, j'ai réalisé que cela allait au-delà de la personne, puisque cette chanteuse quadragénaire au physique de concierge et à « la voix d'ange », candidate atypique de l'émission musicale « Britain's Got Talent » suscitait le même engouement.
Lorsqu'elle a confié « n'avoir jamais été embrassée par un homme », de nombreux prétendants ont jailli de l'ombre cathodique pour se proposer d'initier cette femme broussailleuse et vieillissante, de prime abord repoussante.
Jusqu'à se voir proposer 1 million de dollars par une production de films X pour un dépucelage devant les caméras... Ainsi donc la virginité, au-delà de la fraîcheur ou de la beauté, fascine et constitue un attrait sexuel en tant que tel. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, elle accède même au rang de fantasme !
La virginité devient le dernier tabou à transgresser dans la société hypersexuelle qui a tout exhibé, tout expérimenté. A tel point qu'aujourd'hui elle se vend... comme le reste. Elle se négocie même.
Sur Internet aux enchères, il y a d'abord eu cette espagnole de 28 ans, qui avait besoin de payer les soins médicaux de sa mère malade, suivie de cette américaine de 22 ans et d'une roumaine de 18 ans qui souhaitaient, elles, financer leurs études universitaires. Toutes ces jeunes-femmes garantissent livrer une virginité pure et intacte, certificat médical à l'appui. "Pendant l'acte, il n'y aura ni baisers ni caresses et usage d'un préservatif. Ce sont mes conditions".
Qui sont ces hommes prêts à payer à prix d'or pour déflorer ces femmes ? Qui sont ces hommes prêts à se ruiner pour s'introduire, strictement mécaniquement, les premiers, dans ces orifices « certifiés d'origine » ?
Qui sont ces hommes qui exigent la virginité des femmes au mariage, le drap taché de sang brandi en étendard victorieux devant la famille massée devant la chambre nuptiale ?
Pourquoi ? Comment ?
De même que je n'ai jamais compris comment les hommes pouvaient payer pour un rapport sexuel ou même simplement pour visionner un corps nu ou quelques fragments, je reste là encore stupéfaite, incrédule...
Ce grand mystère masculin. Et je mesure encore un peu plus le fossé qui sépare les hommes des femmes.
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05.08.2009
Une machine à vivre
Nathalie : "C'est chacun sa merde, c'est ça ? Même entre nous ?
Hyppo : Un peu
Nathalie : Silence. Avec qui on peut être bien alors ?
Hyppo : Silence. Personne. On est pas sur terre pour être bien.
Nathalie : N'importe quoi. Silence. Si t'as jamais besoin de personne, personne n'aura jamais besoin de toi.
Hyppo : Et ouais
Nathalie : Silence. T'es vraiment qu'une machine.
Hyppo : Une machine à vivre, ouais."
("Un monde sans pitié"/ Eric Rochant)
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02.08.2009
De la bouche et du reste... Et l’homme créa la virginité…
« Ma virginité me pesait comme une meule passée au cou. (...) Je la défendais depuis 5 ans et j'en avais par-dessus la tête. » (La cloche de détresse, Sylvia Plath)
Au fur et à mesure que les années avancent et que les robes de l’enfance s’effacent devant les mini-jupes et les premiers soutiens-gorges, s’engage une course. Une course où le but n’est pas de gagner mais de perdre.
Une course où il ne faut ni se hâter ni lambiner. Il faut attendre mais pas trop. Attendre le bon moment et le bon garçon. Celui qui nous respectera, celui qui nous aimera. On nous dit que c’est précieux. On nous dit qu'il faut. Que c'est la nature. Que ce n'est pas sale. Mais un peu quand même.
On nous prépare à ce « grand moment » pendant plusieurs années, la bouche sévère, l’air clinique, comme on enseigne les mathématiques ou la grammaire : l’éducation sexuelle consiste surtout à connaître les organes reproducteurs et comment les empêcher de commettre l’irréparable fécondation. « Apprendre le sexe » c’est surtout apprendre à ne pas tomber enceinte ni attraper de MST.
Cela semblait important même si je ne parvenais pas vraiment à m’y intéresser, malgré mes efforts. « Perdre ma virginité », pourquoi faire ? Et j’avoue qu’aujourd’hui encore, je n’y vois guère d'intérêt, dans la mesure où je ne suis pas assaillie d’instinct maternel débordant. Et que la pénétration n’intervient pas, anatomiquement, dans mon plaisir sexuel comme pour 99% des femmes.
La virginité est un curieux concept quand on y réfléchit bien. C’est une invention toute masculine.
Celle de donner un nom à l’absence de pénétration d’un pénis dans un vagin. Le sexe, la sexualité sont définis exclusivement par rapport à l’acte de pénétration, qui reste socialement et politiquement déterminant.
La « trace » du passage d’un homme sur une femme, comme le pneu d’une voiture marque une route.
Marquer son territoire, le coloniser, le posséder, l’obsession ancestrale des hommes.
Plus l’échéance fatidique des « 17,2 ans » approchait, plus mes camarades, dûment conditionnées, se hâtaient de se « débarrasser » de cette pesante et honteuse virginité, en se soumettant à la perforation réglementaire selon les codes sexuels dominants de notre société patriarcale.
Je me souviens qu’il était alors d’usage de comparer les degrés de virginité avec le distingo des orifices : la bouche (avec la langue ou sans) et « le reste ». Pour ma part j’étais et je suis toujours vierge de la bouche (avec la langue) et du reste. La totale. Le cas le plus grave.
Il est étrange que la virginité ne s’applique qu’au domaine sexuel. La virginité amoureuse n’existe pas par exemple : celle ou celui qui n’a jamais connu l’amour (mais a baisé) n’est pas vierge. Il n'existe d'ailleurs pas de mot pour désigner l'absence d'amour. On n’est pas vierge d’aimer. On n’est vierge que de pénétration. N’avoir jamais connu l’amour ne gêne personne contrairement à n’avoir jamais baisé. On ne fait pas de statistiques sur le premier amour mais uniquement sur le premier rapport sexuel. On ne fait pas de statistiques sur les inflammations du cœur, le vertige et l’ivresse. L'amour, l'émotion sans pénétration ne compte pas, n'existe pas. Seule compte la déchirure de l’hymen, "la consommation".
Pourtant, la seule chose qui me gêne, la seule chose qui me manque, cruellement, c’est de n’avoir jamais connu l’amour, le sentiment. Réciproquement. Aimer et être aimée en retour. La sexualité m’est toujours apparue comme secondaire, accessoire même (même si j’ai bien compris, il était temps, que c’était la condition sinequanone de l’amour d’un homme). Je n’ai jamais ressenti de « gêne » de ma virginité, je veux dire de gêne physique. Je n’ai jamais rêvé de pénétration. J’ai rêvé de mots d’amour, de regards fiévreux, d’enlacements, de caresses langoureuses, de doux baisers mais de pénétration phallique stricto-sensu point, si ce n’est pour activer quelques fantasmes. Lorsque j’essaie de jouir seule, je me pénètre d'ailleurs rarement ou uniquement pour ralentir l’excitation.
C’est triste mais la nature a rendu incompatible l’homme et la femme jusque dans le plaisir sexuel. Ce qui fait jouir l’un ennuie l’autre et vice versa. Avec nos terminaisons nerveuses antagonistes, il faut malgré tout s’accommoder. Enfin ce sont surtout aux femmes de s’accommoder. Et c’est ainsi qu’est apparu le cortège de migraines, simulations et l’apparition du plus vieux métier du monde (si la pénétration était si jouissive, pourquoi les femmes se feraient-elles donc payer…) ?
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