18.07.2008
Les lois de l'attraction (1)
Etrange comme le rejet, l’indifférence peuvent exercer une puissante force d’attraction, un aphrodisiaque sans pareil qui balaie (presque) les doutes ou les hésitations.
Si tu ne m’aimes pas, je t’aime…
D. est devenu insaisissable. D. est devenu imprévisible et même froid. Il n'y a plus de "bises" à la fin de ses messages ni de "ma chère Standby".
Il est passé de l’homme demandeur à l’homme demandé.
D. m’échappe. D. se fait désirer.
Le combustible le plus vif pour raviver mon désir faiblissant, les appâts les plus tentants pour ce fugueur capricieux.
J’ai besoin de languir, des vertus voluptueuses de l’attente d’une Pénélope.
Il me faut le temps de me consacrer, d’avoir ce recueillement presque religieux pour m’adonner mentalement à l'Autre.
J’ai besoin de ce jeu de chaud et froid pour aiguiser mes sens.
J’ai besoin d’être demandeuse, d’essuyer des refus pour mieux apprécier les inclinations.
C’est toujours le contraste qui crée le plaisir.
N’avons-nous pas passé notre enfance à jouer au chat dans les cours de platanes et les jardins publics ?
Curieux mécanisme que ces mouvements de balancier contradictoires, de poupée fluctuante qui dit « oui mais non », sans pouvoir le contrôler ou l’expliquer.
Je souffre de sa distance face à mes appels enjôleurs, de l’entendre évoquer son « concert de Radiohead ce we dans le Sud », ce « dîner en ville » ensuite, ses rendez-vous, ses sorties, ses voyages, ses amis (et pire ses amiEs) qui peuplent le répertoire de son portable, toute cette vie animée, grouillante et riante, ce monde bien à lui qui l’accapare, occupe ses pensées, l’éloigne de moi.
Cette faculté que j’envie aux hommes de savoir se passer des femmes, de vivre pour eux tandis que je soupire, inerte, désemparée incapable de jouir du reste de la vie que je prends pour des pis-aller, de fades palliatifs. Cet effroi d’être délaissée, abandonnée comme un chien sur la route, condamnée à errer en trimballant mes maigres souvenirs et mes espoirs à nouveau en lambeaux.
Je n’aime ma solitude que lorsqu’elle est transcendée par l’espoir, l’image d’un homme. Etre seule physiquement mais riche intérieurement d’un amour même virtuel, d’une possibilité d’aimer, d’une issue, peut me rendre parfois plus heureuse que la rencontre même avec l’objet de mes fantasmes. Rencontre (et sa réalité implacable) qui présente le risque de briser cette harmonie bien protégée de toutes déceptions. Cette solitude habitée me porte, m’inspire et m’anime d’une énergie parfois intense. La solitude vide m’est au contraire stérile et violemment destructrice.
Pourtant il y a quelque chose de perversement délicieux dans cette douleur de frustration de l’autre.
D. se grandit à mes yeux, il quitte l’avilissement de son désir pressant et servile. Il redevient un homme indépendant, il retrouve une dignité, une fierté qui me fait l’admirer et donc le désirer de nouveau.
Mais il est sans doute désormais trop tard…
Car D. ne joue pas. D. ne sait pas que c’est ce que j’attendais de lui. Il est juste blessé dans son orgueil, lassé de cette « fille-qui-ne-sait-pas-ce-qu’elle-veut ». D. est déjà passé mentalement à autre chose, à une Autre. Il n’est plus disposé à la patience ni même à la politesse. Et cette brutalité encore une fois m’attise tout en me lacérant.
Le plus important est de ressentir le désir, le seul guide dont j’ai besoin. Le seul qui peut m’apporter des certitudes. Je souhaite un désir impérieux, ardent comme une érection de granit, une attraction magnétique irrésistible qui empêche enfin de réfléchir et fait agir presque malgré soi. Il faut que j’atteigne ce point plancher de non-retour où l’absence de l’autre est intenable, où rien ne peut la compenser. Je veux me voir suppliante et hagarde, sûre de ce que je veux, sûre de le vouloir, sûre de pouvoir lui donner ce qu’il attend et ce qui me taraude.
20:48 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.07.2008
Ange gardien
Hier, place de la Concorde, croisé cette jeune-femme élégante, visage flou et tremblant, croulant sous le poids d'un gros cabas sur son épaule, qui m'arrête et me demande éplorée la direction pour rejoindre la station Anvers.
Comme toujours j'ai eu ce mouvement d'esquive instinctif dés que quelqu'un m'aborde dans la rue, pour quémander une cigarette, quelques pièces, des réponses à un sondage sur les serviettes hygiéniques, une signature à une pétition pour protéger les roitelets du parc ornithologique de Sainte-Antoinette-les-bains ou s'opposer à la réforme de l'organisation de l'administration fiscale qui nuirait à la qualité d'accueil des usagers en leur donnant plus de travail... Et puis j'ai reconnu la détresse de ses yeux, ce truc qui suinte qu'on n'arrive plus à retenir même en plein jour, même hors de ses murs, qui fait s'écailler le vernis que l'on est tous censés soigneusement s'appliquer avant de sortir, celui du « tout va bien », ce truc qui fait fissurer les façades bien ravalées.
- « Vous pleurez », je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer à voix haute
- Elle s'est mise à agiter sa main, « excusez-moi » elle répétait sans cesse, « excusez-moi », puis se reprenant, « Il faut que j'aille à Anvers, je ne trouve pas le métro. »
J'ai compris qu'il ne fallait pas que je vois son désespoir, alors j'ai ravalé mon bouleversement de la voir ainsi, comme un miroir de mon propre mal-être, comme une sœur, mon envie de lui dire que moi aussi j'ai souvent envie de pleurer dans la rue. Je l'ai conduite comme une enfant perdue dans un supermarché à la recherche de ses parents, une enfant perdue avec un sac à main et du rouge à lèvres. J'avais envie de la prendre dans mes bras, sortir un mouchoir, caresser ses cheveux et lui dire que ce n'était pas grave, que tout allait s'arranger, sans que j'ai la moindre idée de la cause de ses larmes.
Sur le chemin, je m'efforçais d'égrener des mots pratiques de guichets automatiques, de directions et de changements, des mots de normalité urbaine, qui posaient un voile pudique sur sa tragédie et ne violaient pas l'intimité de son chagrin échappé malgré elle.
Elle trottinait à côté de moi, un peu calmée, s'en remettant entièrement à mes pas et à ma voix.
Une fois arrivées, je lui donnais un de mes tickets et m'assurais qu'elle franchissait bien l'oblitérateur.
Elle se confondait en remerciements, me tendant un billet maladroitement, je lui dis de ranger tout cela et puis avant de la quitter, « Ca va aller ».
Parfois ça fait du bien d'être l'ange-gardien de quelqu'un...
13:51 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
12.07.2008
L'image d'Ingrid Betancourt
Vu et entendu dans un kiosque, un couple (d'amis, amants ?) penché avec attention sur la double page d'un magazine relatant la libération de l'otage Ingrid Betancourt, séquestrée et violentée depuis 6 ans par les guérillas au fin fond de la jungle colombienne et atteinte de paludisme.
L'article est illustré de nombreux portraits en plan rapproché de son visage épuisé mais malgré tout étonnamment serein et lumineux.
La femme ne dit rien, visiblement émue. Son compagnon, après un temps d'observation, relève la tête et commente spontanément :
- "Elle est moche quand même."
12:43 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.07.2008
Au bord du trottoir...
Tout à l'heure, le vertige sur le bitume, au bord du trottoir.
Les pensées projectiles. En char d'assaut. S'abattent en rafales mortelles. Guerre civile.
Au bord du trottoir, j'ai chancelé parmi les passants qui marchent et pensent droit.
J'ai appuyé ma tête contre les cuisses de la fille en maillot de bain sur l’affiche qui disait que sa « peau sensible était protégée contre toute les agressions ». Ph5.
Hémorragie d'angoisse saline. Terrassée par la détresse d'être moi.
Au-dessus le ciel étincelant, l'air a cette douceur suave qui peint des sourires et des yeux bienheureux sur les visages. J’entends des « On se rejoint à Odéon », des « Je passe te chercher à 20h », des êtres tendus les uns vers les autres par tous ces fils invisibles dans lesquels je trébuche.
J'aurais tant aimé connaître aussi l'accalmie estivale, que la vie me soit douce et fluide.
Avoir droit à ma gorgée de philtre d'insouciance. L'esprit léger et court vêtu.
Quel dommage que le fait de pouvoir "sortir sans manteau" ne suffise plus à me rendre ivre de bonheur comme lorsque j'étais une petite écolière...
Non, le tyran intérieur ne m'accordera encore pas ce répit. L'été sera encore meurtrier.
Je me heurte sans cesse aux perspectives tranchantes qu'il me présente, sans trouver le bon angle, celui qui ne me blessera pas.
Ma vie est un rubicube que je ne parviens pas à assembler.
Je tourne et retourne ses facettes mais l'anarchie s'entête.
J'envisage toutes les hypothèses mais la bonne combinaison m'échappe.
La bonne orientation, celle où tout coïncide harmonieusement, quand il n'y a plus rien à ajouter, plus rien à questionner. L'équilibre.
Les possibles défilent à la vitesse d'un paysage derrière une vitre de TGV sans que je ne puisse m'arrêter à aucune station. Des images qui se brouillent à peine je les esquisse comme la page blanche que l’on chiffonne sans cesse, à peine la première phrase écrite.
Des images qui se brisent contre les récifs que mon esprit dresse sans relâche.
Des images qui jamais ne dépassent le mur du son(ge).
J’enfante trop de romances nerveuses, j’avorte de trop d’espoirs gonflés à l'hélium.
Mes pensées sont une marée noire qui avance et recule éternellement, un curseur fou qui s'agite mais ne se fixe jamais sur aucune position. Petite usine à fabriquer du drame, des complications, des conséquences fâcheuses. Un monde hostile qui me va si mal. Petite usine à tout gâcher.
Foutue petite usine qui jamais ne fait la grève.
Quel est le nom de ce mal ? Quel est l'antidote ?
Mes nuits ne me portent pas conseil, elles ne font que remuer la bouillie opaque de mes atermoiements. J'aimerais qu'une décision, un choix émerge enfin limpide et lumineux, comme lorsque je suis à ma table de travail et qu'une solution finit toujours par tout résoudre. Sentir l'élan impérieux. Une certitude. Une évidence.
Cette (insoutenable) liberté d’agir, de penser est parfois notre pire prison.
Toujours ce sentiment d’inachevé, d’errance.
J'attends des signes qui ne viennent pas ou lorsque je les capte, il est trop tard. Je m'abîme tellement à vouloir changer ce qui ne peut pas l'être, à vouloir ce qui n’est pas.
Mais dis seulement une parole...
J'aimerais que les choses me deviennent simples, sans trappe ni marchepieds.
Assumer et ne plus me planquer derrière ma fausse indifférence, mes labyrinthes calculateurs ou mon savoir-vivre, alors que je crève à l'intérieur, alors que je veux tout sauf ça. On ne devrait jamais avoir d'orgueil en amour.
J'ai peur que l’on sonne faux, que les sourires se forcent et que les mots artificiels ne servent qu'à combler les silences. J'ai peur de mes mauvaises raisons et des impasses.
Je n’arrive plus à distinguer mon désir de mon désespoir.
Pourquoi le charme doit-il toujours se rompre ? Pourquoi soudain tout devient grave ?
Etrange, les "conditions du bonheur" ne suffisent pas à le créer.
En fait, le bonheur est inconditionnel. Il peut jaillir de n'importe quoi, du plus anodin, du plus minuscule. Il est même souvent là où on ne l’attend pas. On ne l’atteint jamais, il surgit.
Seule compte la vision que l'on porte. "Ce qui va mal, ce n'est pas le monde, c'est notre manière de le regarder.", disait cette canaille sage (Henry Miller). Mais comment faire pour corriger cette déficience-là ? L'ophtalmologue peut-il courber favorablement la cornée pour voir la vie en rose, chasser au scanner les ombres de la rétine ? Je me contenterai même, bien volontiers, d'une illusion d'optique.
J'aimerais juste que l'on caresse mes cheveux et, à l’oreille chuchotés ces tendres mensonges sucrés. "Tu n'es plus une petite fille." Les gens ne devraient vraiment pas se fier aux apparences.
La possibilité du bonheur n'est qu'à un pas du malheur. Un seul mikado tiré peut aussi bien faire tout s'effondrer ou révéler un petit miracle.
La possibilité du bonheur ne tient qu'à un fil. Si seulement il n'avait pas autant de nœuds...
19:00 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
03.07.2008
Talent caché (fin)
Cette dextérité insoupçonnée ne manque pas de me laisser rêveuse…, j’ai presque envie de fermer les yeux pour imaginer ces ondes que ma peau mendie en silence.
Ces ondes qui me parcourent parfois, fugacement, au hasard des promiscuités urbaines. Ces frôlements et effleurements involontaires d’un coude, d’un bras, d’un dos qui se fraie un chemin, se lève subitement ou froisse une étoffe.Et ne se doutent pas qu’à leur passage, ces doux heurts ont réveillé les millions de petits capteurs cutanés affamés de la voisine, de la passante d’à côté.
Infimes contacts charnels qui pourtant m’électrisent, moi que personne ne touche jamais.
Je rêve parfois de leur demander de bien vouloir me frôler encore et encore, à ces corps inconnus sans visages et sans sexes. Juste savourer cette sensation et me laisser bercer par les caresses de la foule. Tomber dans cet engourdissement enchanteur qui me rappelle celui où petite, ma grand-mère me prenait sur ses genoux et tentait « d’arranger mes cheveux », lissant une boucle à droite, ramenant derrière l’oreille une mèche, aplatissant un épi sur le haut…, autant de petites manœuvres, bien inutiles à dompter ma chevelure, mais qui me procuraient ces frissons délicieux que j'appelais "de la magie".
Existe-t-il une corrélation entre les grands caresseurs de chats et leur talent d’amant, comme on le prétend, bien bêtement, pour la taille du nez ou des pieds soi-disant reflet de celle de l’entrejambe (comme si cela pouvait avoir une importance…) ?
Une chose est certaine, toute femme aimerait qu’on lui prodigue de tels soins divins.
Oui, nous ne sommes rien d’autres que des chats qu’il faut caresser encore et encore, lustrer et célébrer notre chair fragile et incertaine. Il faut répandre la chaleur électrisante le long de nos espoirs érogènes, baume invisible et vital.
Il faut nous apprivoiser en parlant le langage de notre corps, pour nous faire basculer dans les états seconds voire ternaires... Pour que l’on puisse enfin se perdre et s’oublier.
- « Je vais prendre mon ibook pour que l’on puisse synchroniser les données, si tu veux ? », me demande l'homme aux mains émérites redevenu subitement cadre dynamique.
Mais de quoi me parle-t-il ?
THE END :-)
18:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
27.06.2008
Talent caché (4)
Je suis toujours frappée par le nombre de parisiens, adeptes d'animaux domestiques et tout particulièrement des chats. Pas seulement, comme le veut le cliché, les vieilles filles esseulées mais beaucoup de jeunes couples sans enfants. Les financiers anglo-saxons ont invsitué la catégorie des « D.I.N.K », les double income no kids, on devrait inventer les D.I.N.KW.C , with cat(s) : couples sans enfants avec chat(s).
Un goût qui ne manque jamais de verser dans le maternage gaga de leur bébé à quatre pattes, et le contage intarissable de ses mésaventures, avec comme grand hit, celui du pipi sur canapé (variantes : sur le tapis de bain, dessus de lit...). Je ne m'explique pas vraiment cet engouement, toujours ce besoin de chaleur je suppose.
L'un est un mistigri noir et roux, ventru et indolent, les deux autres sont deux jeunes et agiles créatures racées, aux pelages soyeux et compliqués de motifs arachnéens, une mosaïque antique d'argent et d'ébène.
Ils bondissent de table en étagères, rampent comme des sioux le long des murs avant de se lover sans ambages contre un mollet ou une épaule qui leur semble confortable.
Un spectacle qui peut étonner le visiteur novice mais auquel mon hôte ne prête aucune attention, continuant imperturbable d'énumérer les points de l'ordre du jour ou vérifiant fébrilement les annexes. Je tente de me concentrer aussi malgré les inquisiteurs qui multiplient les approches, faisant onduler leurs atours sous mon nez, en poses aguichantes.
Remarquant ma gêne, il finit par écarter les tentateurs, vexés, en les grondant gentiment et surtout en les comblant des caresses quémandées sans succès auprès de moi.
Je ne peux m'empêcher de fixer, fascinée, cette scène inattendue.
Sa main, légèrement rebondie comme un galet bien poli, glisse avec volupté sur l'échine qui roule en vagues sensuelles, jusque sous la gorge duveteuse qui sait si bien se renverser pour s'abandonner aux doigts experts.
Il plonge et replonge indéfiniment dans ce ruisseau chamarré, cette eau vive qu'il sillonne en fin navigateur, se mouvant sur la panse que le bienheureux félin, étalé comme un gros lézard, offre sans complexes, s'attardant aux points culminants, insistant ici ou là, enveloppant d'un voile doux et chaud cette matière ronronnante, toute entière vouée à la réception de sa paume.
Les chats et leur instinct du plaisir charnel. Ces chanceux égoïstes capables de jouir du geste sans se préoccuper du donneur. Comme le savon mousse irrémédiablement au contact de l’eau. Ces êtres langoureux dont la vie toute entière est vouée à la caresse !
Je me perds dans la contemplation de ses doigts qui se fondent et s'enroulent, avec art et précision, dans cette mer de fourrure enivrante et gorgée d'extases.
Cette dextérité insoupçonnée ne manque pas de me laisser rêveuse...
18:50 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23.06.2008
Talent caché (3)
Il vit dans un immeuble de style année 30 à la façade art déco, dans le XIIIe arrondissement. Le charme discret de la bourgeoisie... Jolies boiseries et tapis de velours rouge mènent jusqu’à son appartement. Un trois pièces où il vient d’emménager pour débuter « la vie à deux », avec sa blonde « fiancée » d’origine allemande, aux rondeurs très bavaroises (d’après les photos que j’ai pu apercevoir sur son bureau).
Dans le double-séjour baigné de lumière, cohabitent -paradoxalement en harmonie- de hautes étagères en verre design avec des buffets et commodes en noyer hérités des grands-mères. Un profond canapé en cuir brun et deux fauteuils club forment un coin salon cosy et feutré.
Des meubles massifs et authentiques, une ambiance chaleureuse et solide qui lui ressemble.
A l’autre extrémité de la pièce un bureau d’angle est envahi d’écrans d’ordinateur, de manettes de consoles de jeux, de casques et d’une multitude de périphériques et de câbles.
Etrangement, je ne suis frappée par aucune odeur particulière comme c’est le cas en général quand on est immergé dans une autre intimité. Comme si mon odorat se sentait « chez lui ».
Je m’étonne de ne pas trouver de touches plus féminines dans cette décoration très unisexe. Et brûle de lui demander comment ils ont décidé de cet agencement, du choix de cette commode, des couleurs, s’ils sont tombés d’accord immédiatement, si c’est lui ou elle qui s’est occupé de tout … Mais bien sûr n’en fais rien, ce n’est pas l’heure de faire la conversation…
Pas non plus de bibliothèque ni même de livres traînant sur la table basse hormis peut-être des manuels sur le management ou le langage open-source.
J’avais déjà deviné qu’il n’était pas féru de littérature, comme beaucoup de jeunes de sa génération (et de la mienne d’ailleurs pas si éloignée après tout !). Il préfère les DVDs, le ciné, les jeux vidéos… Le choc de l’image au poids (poussiéreux) des mots.
Il m’accueille avec sa gentillesse et sa réserve habituelles, échangeant les paroles d’usage sur le trajet (« j’ai trouvé facilement, merci »), le quartier (le charme de l’esprit village, il va souvent nager à cette fameuse piscine reliée à un puits artésien, située à deux pas), le voisinage (jeune, sans histoires…). Il me débarrasse de mon trench qu’il suspend soigneusement dans son dressing entre un de ses blazers et une sorte de gilet cache-cœur rose.
Son regard reste neutre presque fraternel en glissant sur mes jambes gainées de noir et ma cambrure soulignée d’une robe fluide. Il porte des chaussons imprimés de petits oursons, légèrement usés au bout.
Nous nous attablons devant les documents de travail qu'il a préparés,et, alors que je saisis l’un des dossiers, je sursaute à la vue d’une spirale souple, brune et mordorée, qui traîne nonchalamment sur sa couverture. Son propriétaire jaillit alors sur la table, aussitôt suivi par deux autres créatures élastiques aux grands yeux d’or et d’acier intrigués par l’inconnue que je suis.
Ce sont les trois chats de la maisonnée, les maîtres des lieux comme je vais m’en rendre compte...
17:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.06.2008
Talent caché (2)
Oui, bien sûr il est « objectivement beau ». De cette beauté symétrique et athlétique qui ne suscite aucun trouble en moi, autre que celui que l’on peut éprouver à la vue d’un paysage ou d’un tableau harmonieux.
Une émotion purement esthétique, presque raisonnée, logique, sans chavirement intime.
J’aime les perdus, la mauvaise foi des sensibles, la violence des ventricules à vif, aux soleils radieux je préfère les ciels orageux, les parts sombres aux bon partis, ceux qui me blessent à ceux qui me ménagent, ceux qui ont le même charbon qui coule dans leurs veines que moi. Ce n’est pas le « bad boy » mais plutôt le « sad boy », « le jeune-homme triste », le tourmenté pour qui je penche. La folie habitée, celle qui conduit à foncer dans le mur non pas sans réfléchir mais au contraire après mûre réflexion, l’esprit qui voltige à celui qui ne fait que valdinguer.
Lui, respire trop le paisible équilibre de l’homme heureux et comblé, la gentillesse et même la bonté (au sens judéo-chrétien du terme, je le soupçonne même d’être un bon catholique… pratiquant !), autant de qualités aussi appréciables entre collègues qu’anti-aphrodisiaques.
Mais il y a ce bien-être, rare, qui émane de sa présence que je recherche discrètement en veillant à la réciproque.
J’aime, je crois, sa décontraction, sa nonchalance et plus précisément son insouciance. Ce privilège, ce don inné des enfants, que les adultes s’échinent à retrouver ensuite toute leur vie à coup de séances de yoga, relaxation, séjours détente anti-stress ou d’addictions nicotine-caféine-vapeurs éthyliques…
Son champ de vision n’est pas encombré de ce brouillard d’inquiétudes ni de ces spectres angoissants qui ne me quittent jamais vraiment. La vie s’écoule fluide et limpide devant lui. Un vrai fleuve tranquille.
J’aime notre rapport dénué d’enjeux de séduction, cette « collaboration » qui nous lie sans équivoque. Ce qui m’étonne, car il reste difficile entre un homme et une femme, même lorsque le rapport strictement professionnel est clairement établi, de ne jamais trahir le moindre indice sur sa perception personnelle de l’Autre.
Me trouve-t-il jolie, un quelconque charme ou au contraire insignifiante voire repoussante… ? Je n’ai étrangement pas la moindre idée de « mon effet » sur lui et pour une fois, je ne m’en préoccupe pas (même si l’interrogation m’a déjà effleurée). C’est ce qui m’est si reposant. Je peux être simplement « moi », sans pression ni crainte. Il me témoigne seulement respect et bienveillance, comme aux autres, tout juste peut-être se laisse-t-il aller parfois à plus de « bavardage » en ma compagnie.
Le souvenir d’un séjour en Ecosse quand il était étudiant, une anecdote de son expérience en colocation, ses derniers gadgets technologiques de « geek » comme il se surnomme en riant. Quelques bribes, fragments de ce qu’il est. Petits pétales personnels qu’il effeuille avec parcimonie et que je ne cherche jamais à déflorer davantage, tout comme il n’empiète jamais au-delà de ce que je veux bien livrer. Juste ce plaisir innocent, pur, de se côtoyer au hasard des pauses, réunions, déjeuners, chemins de compagnonnage vers les métros, taxis, rendez-vous… Parenthèses agréables et sans danger qui s’arrêtent au seuil de nos portes d’entrée respectives.
Une confiance naturelle et rare, une « cordialité chaleureuse », s’étaient ainsi installées entre nous. Je ne le désire pas, il ne me désire (a priori) pas, pourtant je ne peux pas dire qu’il n’y a « rien » entre nous…
17:24 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.06.2008
Talent caché (1)
Je suis donc allée chez lui pour préparer ce colloque. Nous avions hésité avec un café, un lieu public, neutre, impersonnel, entretenant la frontière vie privée/vie professionnelle qu’il est toujours dangereux de franchir. Nous savions cela tous les deux. Cela faisait partie de l’accord tacite.
Finalement il a tranché en déclarant que ce serait quand même plus « pratique » que « je passe à la maison ». Sa « fiancée » (c’est de ce titre un peu désuet et assez charmant me rappelant les amours d’enfance, qu’il la nommait en public), en poste provisoirement à Strasbourg et de retour pour le w-e, n’arriverait qu’en fin d’après-midi, cela nous laisserait le temps de travailler, « au calme ». La perspective ne me déplaisait pas. Mes instincts de « regardeuse » (indulgence de langage qui me convient mieux que le pervers « voyeuse ») attisaient ma curiosité pour l’intimité de ce garçon si sérieux, poli et toujours serviable.
Ce garçon au physique de gendre-idéal-ayant-passé-sa-jeunesse-chez-les-scouts. Sans pli, ni fêlure. Toujours mesuré, pondéré, équitable. A l’écoute des uns et des autres, sachant doser savamment amabilité chaleureuse et distance protectrice de toute intrusion menaçant sa sphère privée. Savoit-faire que j’ai toujours rêvé de posséder et que j’ai, à défaut, remplacé par un blindage hermétique (qui me protège peut-être mais me vaut assurément une franche hostilité). Se tenant à l’écart des querelles de moquette feutrée, il ne se dérobait cependant pas lorsqu’il était sollicité, s’avérant alors habile à apaiser les esprits et surtout les egos.
Un grand, robuste et jeune (un « twenty something » comme disent les américaines) gaillard, avec encore sa frimousse d’enfant aux yeux de faon et lèvres bubble gum qui flottait sur son visage où se mêlaient une rondeur presque féminine et les lignes conquérantes d’un playboy.
Simple. C’est le mot qui me vient en premier à l’esprit pour le décrire. D’une simplicité reposante, voire déconcertante pour quelqu’un comme moi.
Mon Opposé avec un grand O. Il me fait penser à une tablette de chocolat Milka, sucrée et onctueuse. En fait, il me rappelle Brandon Walsh ! Brandon, un des héros de cette soap-opera pour ados qui cartonnait dans les années 90 : Berverly-Hills 90210. Ce garçon frais et sain qui débarquait de son Minnesota natal pour emménager avec sa famille dans le milieu frelaté et superficiel de la jeunesse dorée californienne. Le beau gosse parfaitement lisse, doté de surcroît d’un cœur en or, toujours prêt à aider son prochain (et surtout sa prochaine).
Oui voilà, c’est exactement un Brandon (débarqué lui de sa Bretagne). Et moi je suis une « Andréa » (Zuckerman), sa camarade de classe qui porte des lunettes (l’éternel symbole subtil pour distinguer les « intellectuels »), bosseuse acharnée, abonnée aux « A level ». J’avais beaucoup aimé, à l’époque, alors que je vivais totalement par procuration mon adolescence par le biais des séries TV, ces épisodes touchants de leur romance inattendue : le séducteur du lycée tombait amoureux non pas de la pom-pom girl mais de celle qui lit des livres et écrit dans le journal du lycée. Cette dernière voulait d’ailleurs, avec une candeur touchante, lui « offrir » sa virginité en guise de cadeau d’anniversaire (souvenez-vous la scène sur le manège… Ah….). Bien entendu les scénaristes avaient jugé que cette dérogation à la règle, ne devait être qu’une passade et ledit Brandon finissait dûment dans les bras de la belle et blonde décolorée « Kelly » (prénom de bombe américaine par excellence).
Bref, aujourd’hui les « Brandon » ne me font plus du tout fantasmer et cet adorable collègue me faisait autant d’effet qu’un bâton de guimauve ou qu’un bisounours…
17:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
03.06.2008
Emisssion Delarue ("Toute une histoire") sur la virginité
Je réagis par un petit billet à l'émission de Jean-Luc Delarue sur le thème de la virginité tardive intitulée : "Ils se préservent pour le grand amour". Je me suis débrouillée pour pouvoir la regarder même si je suis arrivée en cours de route (j'avais d'ailleurs été contactée par leur équipe pour y participer).
Tout d'abord, je trouve cela bien qu'une émission sur ce thème soit proposée même si ce genre d'émission est souvent décrié. Cela peut tout de même aider à faire évoluer les mentalités et favoriser une meilleure tolérance/compréhension face à ceux qui ne sont pas dans la "norme".
Sur le fond en lui-même, je ne me suis pas réellement reconnue dans les situations évoquées sur le plateau.
Un homme d'une quarantaine d'années pour qui, au delà du pb de virginité, il y avait je pense surtout un énorme problème relationnel et de confiance en lui... donc avant tout un problème de séduction de l'Autre que je ne connais pas, ensuite une jeune femme de 26 ans, plus proche de moi sans doute mais qui avait quand même vécu déjà 3 histoires d'amour (ce qui n'est pas mon cas puisque je n'ai jamais eu de vraie relation amoureuse un minimum suivie) sans concrétiser jusqu'à l'acte sexuel, un couple également qui lui venait témoigner sur le fait qu'ils avaient patienté jusqu'au mariage pour perdre leur virginité (ils en étaient ravis apparemment, tant mieux pour eux, je n'ai pas vraiment d'avis sur la question...) et enfin une femme d'une quarantaine d'années aussi je crois, qui elle était abstinente depuis plusieurs années après avoir été très déçue par la sexualité en tant que telle dont je me suis sentie proche notamment sur le fait que la sexualité ne lui avait rien apporté dans la mesure où celle-ci n'avait pas été accompagnée d'une complicité intellectuelle ou de sentiments.
Globalement, ni ces témoignages ni l'intervention du psy ne m'ont donc pas beaucoup intéressée ou appris quelque chose de nouveau.
Peut-être la sensation de me sentir "moins seule" dans cette situation ?
Cela m'a également confortée dans mon "choix", suite aux propos de la jeune femme de 26 ans, celle de ne pas regretter comme elle, de ne pas être passée à l'acte au moment où j'en avais éventuellement l'occasion.
C'est vrai que je ne regrette pas rétrospectivement car je ne cherche pas à me "débarrasser" de ma virginité, comme j'ai déjà entendu certaines personnes le dire, en particulier dans ma jeunesse.
Ma virginité, au sens sexuel du terme, ne me gêne pas en tant que tel.
Ce qui me gêne et me fait souffrir c'est de ne pas avoir rencontré celui en qui j'aurais suffisamment confiance et envie pour "me donner". Constat que faisait également cette jeune-femme dans l'émission.
A été également abordé la question de la "honte" que les invités disaient ressentir plus ou moins.
Il paraîtrait difficile de ne pas la ressentir quand la société passe son temps à vous culpabiliser, par tous les moyens et vous persuader que l'absence de sexualité est la pire des tares...
Je n'éprouve pas de honte personnellement, mais uniquement face aux réactions des autres en fait.
S'il était possible de se "déclarer" vierge sans susciter d'animosité ou de rejet, je n'éprouverai aucune honte en fait...
Enfin, s'il en était besoin (encore une fois, cette émission n'a rien apporté de nouveau sur le sujet), on constate que la virginité est vécue de façon bien différente selon les hommes et les femmes.
A la question cela vous manque-t-il (une vie sexuelle), toutes les femmes ont répondu "non" tandis que l'homme a répondu "oui". Je me rallie au même avis de ces femmes car ce n'est pas la sexualité en tant que telle qui me manque d'une quelconque façon (même si comme j'ai eu l'occasion d'en parler je pratique le plaisir solitaire qui m'est très agréable)...
Voici un petit résumé et une petite réaction rapides à cette émission qui est restée réductrice dans l'ensemble je trouve sur ce sujet complexe (en même temps, vu le temps imparti difficile de faire mieux je suppose...).
17:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
